CHAPITRE XXVI
lin aura mis à mort le dernier des Guelfes, vous m'avertirez, et je verrai s'il est possible de me rendre à Fervaques.
« Bonjour, grand merci, joie et santé, mille choses à Chênedollé. Est-il encore avec vous? Mille choses à votre bon fils. Je prie Dieu de conserver à Mme de Cauvigny son naturel, sa gaieté, sa propreté, sa rondeur et sa gentillesse (i)... »
Cette lettre badine et indifférente, où René ne fait pas la moindre allusion aux douces heures d'intimité dans lesquelles la pauvre femme a donné tout son cœur, blesse profondément Delphine. Elle répond navrée :
« J'ai dû être surprise qu'au milieu de votre nombreuse énumération, il n'y ait pas eu le plus petit mot pour la grotte et pour le petit cabinet, orné de deux myrtes superbes. Il me semble que cela ne devait pas s'oublier si vite.
« Votre ami Chênedollé est encore ici, mais il part demain; j'en suis plus triste que je ne puis vous dire, jejne verrai plus rien de ce que vous aurez aimé. Il y a des endroits dans votre lettre qui m'ont fait bien mal (2). »
René ne prend même pas la peine de répondre, et quelques jours après, il part pour la Bourgogne avec sa femme pour aller faire un long séjour chez les Joubert, à Villeneuve-sur-Yonne.
Dans le courant de septembre, Berstœcher tombe
(i) Chateaubriand et Mme de Custine, par Chedieu de Robethox. (2) Bardoux, Mme de Custine.
4o6 MARQUISE DE CUSTINE
malade très sérieusement ; il est en proie à une fièvre ardente, il souffre cruellement et les médecins qui ne peuvent s'expliquer la cause du mal, restent impuissants. Delphine est désolée; elle a une profonde affection pour cet être si bon, si dévoué, qui est devenu Vami de la maison, et la pensée qu'il pourrait succomber la met au désespoir. Elle passe des nuits entières à le soigner : enfin le malade va mieux et se rétablit peu à peu.
Mais cette émotion a porté le dernier coup aux forces de la châtelaine. Elle a tant souffert et depuis tant d'années, qu'elle ne peut plus rien supporter; elle s'alite à son tour, et elle est prise d'une crise de foie terrible; en quelques heures elle est dans un état si déplorable qu'elle donne les plus vives inquiétudes à son entourage.
On fait venir en grande hâte M. Morin, médecin renommé de Lisieux, et bien qu'il juge l'état très douloureux, il ne prévoit aucune complication grave; il rassure tout le monde, et s'oppose à ce qu'on appelle Mme de Boufflers.
Enfin la crise s'apaise, Delphine peut se lever et au bout de quelques jours reprendre sa correspondance avec sa mère :
« Ce lundi (i).
« Eh bien, ma petite mé, me voici encore de ce monde et, malgré le diable, ce ne sera pas encore pour
(i) A Mme de Boufflers, chez M. Paulin, entrepreneur en bâtiment, rue de Paris, près le Marché-Neuf, Saint-Germain-en-Laye.