CHAPITRE XXVII
Chateaubriand perd sa sœur, Mme de Caux. — Désespoir de Chênedollé. — Bonté de Delphine. — Séjour à Fervaques. — Visites. — Départ de Chateaubriand pour l'Orient. — Chagrin de Delphine. — Retour de René. — Les Martyrs. — Mort d'Armand de Chateaubriand.
En janvier 1805, Chateaubriand et sa femme quittent Villeneuve-sur-Yonne, où ils viennent de passer plusieurs mois, et ils rentrent à Paris; mais ils n'habitent plus rue Verte, ils ont loué un petit appartement rue de Miromesnil ; ils ne sont donc plus aussi proches voisins de Mme de Custine.
Une grande douleur vient de frapper René : au mois de novembre sa sœur, Mme de Caux, a succombé à la maladie qui la minait depuis longtemps. Delphine, bonne et compatissante, s'efïorce d'apporter au chagrin de son ami tous les adoucissements de sa tendresse. Heureux de trouver un cœur qui le comprenne et qui partage sa peine, le Génie se montre moins rogue, moins despote, il est même presque aimable; comme il a besoin de consolations, il va tous les jours voir Delphine, il dîne même souvent chez elle; celle-ci, toute surprise de ce changement d'humeur auquel elle ne
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s'attendait plus, se rattache à la vie et se reprend à espérer dans l'avenir.
Chateaubriand n'avait pas été seul cruellement frappé par la mort de sa sœur. Chênedollé éprouvait pour Mme de Caux depuis plusieurs années un sentiment aussi profond que discret; sa mort fut pour lui une catastrophe, l'anéantissement de toutes ses espérances et de tout son être : pendant trois mois le malheureux passa ses journées à bêcher la terre pour tâcher de trouver un dérivatif à sa folle douleur. Mme de Custine ignorait la passion de son nouvel ami ; elle lui envoyait lettres sur lettres, et s'étonnait de ne recevoir aucune réponse. Inquiète et mécontente, elle lui écrit enfin :
« Mais que vous arrive-t-il donc? Pourquoi singezvous ainsi Colo (i)? Changez, croyez-moi, de manière d'être si vous voulez lui ressembler en tout, car depuis que je suis ici, il est mieux ;y^ ne suis pas heureuse, mais je suis un peu moins malheureuse . »
Devant cette mise en demeure, Chênedollé se décide à lui confier les raisons de son silence. Delphine qui « connaissait si bien la tristesse et les pleurs », lui tend une main secourable, et avec toute la délicatesse de son cœur généreux, elle le soutient dans sa détresse.
Touché jusqu'au fond de l'âme d'une sympathie qui le sauve du désespoir, le malheureux peut écrire quelque temps après : « Mme de Custine a redonné un nouvel intérêt à une vie que je croyais condamnée à une tris-
(i) Surnom que Mme de Custine donnait souvent à Chateaubriand.