‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 225 sur 310 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Chateaubriand est nommé à l'Académie; il ne peut prononcer son discours. — Mme de Custine part pour la Suisse avec Astolphe, Berstœcher et le D'' Koreff. — Elle visite la Suisse puis arrive à Genève. — Difficultés d'avoir de l'argent pour visiter l'Italie. — Elle va voir les îles Borromées. — Elle reçoit l'argent tant désiré et part pour Turin. — Aventure de voyage. — Séjours à Rome et à Naples. — Retour par Venise et le Tyrol. — Séjour à Genève. — Liaison de Chateaubriand avec la duchesse de Duras.

Depuis qu'il a acheté la Vallée-aux-Loups, Chateaubriand y passe tous les étés, et il consacre tout son temps à ses occupations littéraires. En 181 1, il publie \ Itinéraire de Paris à Jérusalem^ qui obtient un succès étourdissant.

Bien qu'il ait toujours manifesté pour l'Académie un grand dédain, une vacance s 'étant produite par la mort de Chénier (i), il croit devoir se présenter, mais il a l'humiliation de ne l'emporter que d'une voix sur son obscur concurrent Lacretelle.

Mme de Boufflers se charge d'annoncer à Delphine cette grande nouvelle :

(i) Marie-Joseph Chénier.

« Tu as su sans doute par les journaux la nomination de M. de Chateaubriand à l'Académie; il a été ballotté avec Lacretelle, le jeune, et il ne l'a emporté que d'une voix. Lacretelle en a eu onze et lui donze ; il ne peut pas être flatté jusqu'à un certain point de cet empressement. Il est vrai qu'il avait tant dit qu'il ne voulait pas être de cette Académie, qu'il en avait parlé avec tant de mépris, qu'on a saisi l'occasion de le lui rendre; c'est dans ce moment-ci un homme fort mécontent, fort mécontent de lui et des autres, et voilà ce que c'est que d'avoir plus d'esprit que de raison.

« Par ces hasards que personne ne peut expliquer, il se trouve que M. de Chateaubriand va remplacer Chénierfà l'Institut, et qu'il sera obligé de faire son éloge, ce qui sera extrêmement curieux, et en tout, cette réception-là en vaudra bien une autre. Tout le monde s'en occupe déjà, la salle ne sera pas assez grande pour tous les curieux, et le plus beau de l'affaire, c'est que ce sera le petit père qui, en qualité de président, sera obligé' de le recevoir. Je m'en réjouis un peu pour M. de Bouiflers... et bien un peu aussi pour M. de Chateaubriand (i). »

Quelque temps après, Mme de Boufflers mande encore à sa fille que « le petit père travaille à force son discours » et qu'il a déjà écrit « mille choses admirables ».

Le « petit père » se donnait des soins bien inutiles. En

(i) Papiers Prat.

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