CHAPITRE XXIX
rons plus tôt que nous ne croyons. Je ne puis t'écrire qu'un mot, car j'ai mille et mille affaires, et je suis un peu fatiguée de mon voyage. Dis à ma mère que je ne lui écris pas aujourd'hui, parce que je suis un peu souffrante, que je lui écrirai le premier courrier, que je suis un peu plus contente qu'hier pour ce que je lui ai mandé. Donne-lui ces lignes à lire. Dis-lui que je l'embrasse tendrement et que je suis bien occupé d'elle et du pauvre prisonnier! Qu'elle m'écrive souvent.
« Adieu, Niche. Nous t'embrassons tous tendrement. »
Enfin la santé d'Astolphe s'améliore. En même temps arrive une nouvelle qui apaise toutes les appréhensions : Elzéar est remis en liberté ; il est vrai qu'il est exilé à cinquante lieues de Paris, mais qu'est-ce que cela! Delphine exulte et elle écrit à sa mère toute la joie que lui fait éprouver cet heureux dénouement d'une dangereuse aventure.
Les Genevois eux-mêmes trouvant que Delphine n'est plus aussi compromettante lui font meilleur visage : « Le bonheur fait un effet bien singulier sur eux. Tu n'as pas d'idée de leur amabilité depuis la liberté d' Elzéar; c'était à qui viendrait me féliciter. »
Malgré tout, le séjour dans la cité de Calvin déplaît plus que jamais à Mme de Custine; elle s'ennuie à périr : « Ce lieu est ensorcelé, dit-elle, je le déteste ainsi que ses ennuyeux habitants. » Comme Koreff est toujours retenu à Berne, et que son absence lui pèse lourdement, elle se décide à aller le retrouver;
elle emmène naturellement Astolphe et Berstœcher. Elle est d'abord ravie de l'accueil aimable des Bernois :
« 30 juillet.
«... Que nous nous sentons heureux de n'être plus à Genève! En voyant d'autres personnes, d'autres pays, on sent encore davantage combien on leur rend justice en les détestant. J'en excepte toujours la famille Odier qui a été charmante, mais les autres... J'ai cette ville en horreur; leur froide politesse est plus outrageante que des coups de pied. Ici c'est une bienveillance qui vous met tout de suite à l'aise, quoique nous n'ayons pas encore vu beaucoup de monde; d'abord parce qu' Astolphe n'est pas encore bien, et puis qu'à mon tour j'ai été malade. Nous sommes reçus amicalement, avec toute la bonté suisse, chez M. de Freudenreich. Toute la famille est d'une grâce pour nous qu'on ne peut trouver que dans ce pays. Oh! les vilains Genevois, qu'ils sont loin de là! »
La santé d' Astolphe se rétablissait peu à peu, mais le pauvre enfant avait été terriblement éprouvé; luimême fait de ses jmaux à sa grand'mère une description émouvante. Il lui écrit le 4 octobre :
(« Berne, 4 octobre.
«... J'ai été vraiment dans un triste état. Connais-tu rien de pire que de conserver assez d'esprit pour sentir