CHAPITRE XXIX
difficile. C'est l'avenir qui trouble le présent; il est si noir, si brumeux qu'on n'y voit goutte ; cela traverse le cœur comme un fer glacé, quand on y pense. Que feronsnous? où irons-nous?
« Enfin mon cœur est déchiré de mille et mille manières; je n'ai aucun repos . Ne laisse pas traîner les lettres que je t'écris, brûle-les plutôt. | Que devient Nanette? Je te prie de la voir souvent car je crains qu'il ne lui arrive quelque chose.
« Je viens de recevoir une lettre du Génie, plus aimable qu'à lui n'appartient.
« Il pleut à verse, on voit à peine clair. Je suis triste comme le temps, et n'ai pas dans le cœur la' plus petite lueur d'espérance, ni pour le présent,! et encore moins pour l'avenir. Soigne-toi bien, prends garde à tes vilains rhumes; couvre-toi bien pour sortir, mais pas trop dans la chambre. »
Mais il était écrit que Delphine n'aurait jamais un instant de repos dans sa voie douloureuse, et que chaque jour apporterait sa peine.
Après l'emprisonnement d'Elzéar, après la' maladie d'Astolphe, après son appel sous les drapeaux, elle supposait qu'elle allait pouvoir jouir d'un 'peu de repos, il n'en fut rien. Elle s'était pendant le voyage d'Italie profondément attachée à Koreff, elle croyait ce sentiment réciproque, et l'idée que ce nouveau lien pût se briser ne lui était jamais venue à l'esprit. Quelle fut sa douleur et son désespoir, quand le jeune médecin vint un jour lui faire part de la nécessité, où il se trou-
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vait, de retourner en Allemagne; des affaires d'intérêt, le souci de son avenir l'exigeaient. Certes ce n'était pas un départ définitif, il reviendrait bientôt, ils reprendraient leur intimité si douce, mais dans leur intérêt commun, ne devait-on pas assurer l'avenir?
Delphine fut atterrée; c'était le dernier coup du sort, peut-être le plus cruel.
En vain, elle chercha à détourner KorefF de ses projets, elle n'y put réussir. Tout ce qu'elle put obtenir, c'est la promesse qu'il reviendrait bientôt.
Donc au mois de novembre 1813, Koreff abandonne la petite colonie et part pour l'Allemagne.
Delphine éprouva de son départ le plus violent chagrin et elle resta pendant de longs mois inconsolable. Elle ne cache pas à sa mère la détresse morale dans laquelle elle se débat.
Elle lui écrit le 29 novembre, de Berne :
« Nous sommes toujours ici et comptons y rester! « Je voudrais que tu y fusses avec nous. Je suis si triste et plus que triste du départ de notre ami. Le vide qu'il a laissé ne peut être rempli parfpersonne, et celui du cœur encore plus difficilement que celui de la société. Tu n'as pas idée de ce qu'il était pour nous depuis surtout que nous étions si malheureux ; il nous reviendra, du moins c'est son]désir, c'est notre espérance ! Mais qui peut dire ce qu'il fera demain ! une fois qu'il aura arrangé ses affaires d'argent. Mais qu'est-ce qui s'arrange à présent! Enfin il faut croire que cela sera pour le mieux, il faut se tromper soi-même pour pouvoir vivre! Il