CHAPITRE XXX
Février à octobre.
Astolphe rejoint Monsieur à Vesoul. — La Cour du Prince. — Les aristocruches. — L'arrivée à Paris. — Embarras d'Astoiphe. — Il supplie sa mère de venir le rejoindre. — Mme de Custine revient à Paris. — Séjour à Fervaques.
En février 1814, Mme de Custine est toujours à Berne avec son fils. A ce moment, elle apprend que le comte d'Artois vient d'arriver à Bâle, se disposant à rentrer en France à la suite des armées étrangères. Bien que l'avenir soit encore fort obscur, elle prévoit que |les jours de l'Empire sont comptés, que peut-être les Bourbons vont remonter sur le trône, et qu'il serait habile d'être des premiers à saluer le nouveau règne.
Si elle ne recherche rien pour elle, il faut au moins qu' Astolphe ait sa part de la curée. Oubliant tout son passé d'ardente républicaine, elle se décide à aller jusqu'à Bâle pour solliciter une audience du comte d'Artois, et lui offrir son fils qui, dit-elle, brûle j de servir la bonne cause, et de mourir pour ses princes légitimes. Le comte d'Artois' qui aimait beaucoup Mme de Sabran, et qui n'était encore ni |gêné ni |gâté par l'affluence de ses partisans, reçoit Delphine fort.
aimablement, et lui accorde très volontiers la permission qu'elle sollicite : Astolphe est autorisé à le suivre, et à faire partie de sa modeste cour.
Mme de Custine revient radieuse à Berne, et, sans perdre une minute, Astolphe fait ses préparatifs de départ; il est ravi, il se croit un petit personnage, et il se voit déjà jouant un rôle, qui ne peut manquer d'être fort brillant. Son premier soin est de se faire faire par un tailleur de Morges un beau costume d'aide de camp, tout chamarré ; puis il dit adieu à sa mère et à Berstœcher, qui restent tristement à Berne, et il part plein d'entrain pour rejoindre Monsieur, qui dans l'intervalle s'est installé à Vesoul.
Se [séparer de son fils dans un pareil moment était pour Delphine un cruel sacrifice; mais le souci de l'avenir l'avait fait passer par-dessus toutes les autres considérations. Cependant ses inquiétudes étaient grandes, et elle avait versé d'abondantes larmes en voyant s'éloigner cet enfant d'une santé si précaire, qu'elle couvait depuis tant d'années d'une inquiète tendresse, et qui, pour la première fois, quittait l'aile maternelle.
Astolphe, en bon fils, cherchait à calmer l'anxiété de sa mère; il lui écrivait de Neuchâtel le i*"" mars :
« Rassure-toi, je t'en prie, car il faut que tu te conserves, et l'on se consume dans de pareilles inquiétudes. La Providence a disposé de moi en m'enlevant à toi, mais elle soignera ce dépôt; crois-le, ose le croire. Je te demande une chose qui paraîtrait puérile