CHAPITRE XXX
menaient sur le boulevard parées comme à Longchamp, attendant les alliés et n'ayant qu'un cri après l'empereur de Russie. Et cependant les ' boulets, les obus pleuvaient sur Paris, entre autres, dans la maison de Mme de Vaudemont, mais personne n'a imaginé d'avoir peur; tout le monde est ruiné car aucun fermier ne paie, mais personne n'y pense, c'est une ivresse générale. »
A peine à Paris, Astolphe va rendre ses devoirs à sa grand'mère, mais il ne paraît pas trop satisfait de l'accueil qu'il en reçoit : 'f^^.^^
« J'ai vu ma grand'mère, écrit-il. Le bonheur n'a pas plus de succès auprès d'elle que le malheur.
« Je suis à ses yeux dans une position très brillante; elle ne m'en a pas reçu avec plus d'affection. J'ouvre la bouche pour lui dire qu'il[y a six semaines que je t'ai quittée. Sans me laisser achever, elle me dit : « Comment, tu es à Paris depuis six semaines! » Son cœur a des absences.
« M . de Boufflers est bien changé, mais elle pas du tout, au contraire. Nanette est à merveille. »
Quelques jours après il est convié à un repas chez Mme de Boufflers, et cette fois l'accueil est un peu plus chaleureux :
« J'ai dîné aujourd'hui chez ta mère, j'en ai été plus content, tu sais qu'il faut s'accoutumer à eux : le Troubadour y était, j'ai été charmé de lui, il est converti. »
Astolphe ne se borne pas à voir sa famille, il va aussi présenter ses devoirs à Chateaubriand dont la protection n'est pas à négliger. Il vient en effet de publier sa
fameuse brochure Bonaparte et les Bourbons : elle a eu un retentissement énorme ; et l'auteur paraît appelé à jouer un grand rôle.
Le Génie accueille Astolphe aimablement et lui promet son appui.
Les idées d' Astolphe sont complètement modifiées; maintenant il ne regrette plus d'être venu à Vesoul et de s'être attaché des premiers à la fortune de Monsieur ; il espère bien recueillir incessamment les fruits de sa conduite; il ne veut rien demander, bien persuadé qu'on va tout lui offrir.
« i6 avril.
« Sais-tu bien, écrit-il, que nous n'étions que des partisans, il y a un mois, et que nous régnons sur la France aujourd'hui.
« Je m'applaudis de m'être conduit comme je l'ai fait jusqu'à présent, il me semble que demander quelque chose, c'était m'exposer à perdre tous mes avantages, l'habit que je porte me portera où je dois être, il est envié de tout Paris, et les seules personnes de l'ancienne suite de Monsieur ont le droit de le revêtir. On nous appelle les Premiers Royalistes. Nous disons qu'il y a six semaines nous étions bon à pendre, et nous nous faisons une réputation qui va grossir. »
Mais le jeune homme ne tarde pas à s'apercevoir de ses illusions, personne ne pense à lui, ne s'occupe de lui; il écrit amèrement : « On est si facilement mis de côté dans ce pays-ci, qu'il faut continuellement ramer,