‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 251 sur 310 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

ressantes. Il se moque gaiement de « toutes ces vieilles perruques » réunies autour d'un tapis vert, qui ont la prétention de diriger le monde et qui ignorent que « les peuples ne sont plus d'humeur à se laisser gouverner par l'égoïsme des porte-plume (i) ».

« L'Allemagne est arrivée à l'année 89, et voilà ce que ne veulent pas voir toutes nos vieilles perruques du congrès. Quant à nous, nous prêchons la légitimité sur les toits, la modération, la justice. C^est un peu comme le renard qui a la queue coupée, aussi je crains que cela ne fasse pas grand effet.

« Nous allons avoir des bals, des fêtes, des carrousels, des mascarades, l'empereur de Russie, dit-on, en mars (ce serait naïf), tous les dieux de POlympe, toutes les nymphes de la fable, enfin rien n'y manque que l'espérance. 11 y a du noir derrière tout ce clinquant. »

On ne songeait en effet qu'à se réjouir et les affaires sérieuses étaient reléguées au second plan. Les journées à Vienne, écrivait M. de Varnhagen, « semblaient faites d'un élément particulier, qui métamorphosait en jouissances tout ce qui entrait en contact avec lui; les besognes les plus ordinaires, les plus quotidiennes, manger, boire, se promener, flâner, tout était prétexte à fêtes et à réjouissances » .

Sa femme, Mme de Varnhagen, exprimait la même pensée lorsqu'elle écrivait : « Maintenant je commence

(i) " Que peut-on espérer du Congrès ? disait Talleyrand à Astolphe. Ils ont trop peur pour se brouiller, ils sont trop bêtes pour s'entendre. »

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à savoir ce que c'est qu'un congrès. C'est une réunion de gens qui s'amusent si bien, qu'ils ne peuvent plus de séparer (i) ».

Quant au prince de Ligne, il résumait la question sous cette formule humoristique : « Le Congrès danse, mais il ne marche pas. »

Pendant qu'Astolphe résidait à Vienne, Mme de Custine, tranquillisée sur son sort, se réinstallait à Paris, et elle commençait à revoir sa famille et ses amis dont elle avait été séparée depuis deux ans.

Naturellement elle revit le Génie et les relations reprirent comme par le passé; il venait de temps à autre déjeuner avec elle, mais ses apparitions étaient plutôt rares; il était plus que jamais absorbé par son intimité avec Mme de Duras, et par la politique qui l'attirait de plus en plus. Il rêvait d'être ministre! Astolphe, mis au courant par sa mère des projets ambitieux de René, écrivait fort sagement :

« Ce que tu me dis du Génie m'afflige et pour lui et pour nous. C'est donc pour le plaisir de la difficulté vaincue qu'il veut être ministre? Minerve l'a fait poète, je ne crois pas qu'elle le fasse ministre. Ce n'est pas là l'œuvre de la sagesse, encore si ce l'était du bonheur! »

Les amies que Delphine voyait le plus fréquemment étaient sa chère princesse de Vaudémont, toujours originale mais amie fidèle, et aussi le duc d'Otrante, qui venait de passer plusieurs années hors de France.

(i) RaheU par Jean-Édoiiard Spe.vi É. Paris, Hachette, rçio.

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