CHAPITRE XXXI
que Napoléon, à peine installé aux Tuileries, lui avait fait offrir.
De ce côté Mme de Custine pouvait donc être parfaitement tranquille ; Fouché étant là, elle se savait en toute [sécurité; elle resta donc à Paris attendant les événements.
La situation était loin d'être aussi rassurante pour son ami Chateaubriand. Le fameux pamphlet Bonaparte et les Bourbons le désignait tout naturellement aux vengeances du parti bonapartiste. Dès qu'on connut laf marche de'|l' Empereur sur Paris, René prit peur et ses [amis' plus encore peut-être. Mme|de Duras, qui lui était plus fattachée^ que jamais, supplia le 'Roi de lui confier une mission à l'étranger, et il fut désigné pour la légation de Stockholm, mais au lieu de se rendre à son poste, il crutjplus' simple de suivre Louis XVIII à Gand, où il remplit les fonctions de ministre de l'Intérieur.
Fouché ne se faisait guère( d'illusions sur la durée du nouveau règne. On lui attribuait''ce mot sur l'Empereur : « Il est revenu jde l'île d'Elbe plus fou qu'il n'était parti et il n'en a 'pas 'pour trois mois. » Aussi le duc d'Otrante faisait-il son [possible pour ménager l'avenir; iKse montrait plein[d'égards pourra noblesse, adoucissait les mesures de rigueur ; à Gand on ne parlait de lui qu'avec attendrissement, et on ne se lassait pas de vanter ses bons procédés (i).
(l'i Bardoi'x, Madame de Custine,
Après Waterloo, après l'abdication, c'est lui et Talleyrand qui allèrent au-devant de Louis XVIII à Arnouville. Talleyrand revint président du Conseil et Fouché, sur les instances du parti royaliste et malgré la répugnance de Louis XVIII, ministre de la police (i).
A peine au ministère Fouché dut prendre des mesures contre ses anciens amis : Carnot, entre autres, fut tenu de se retirer dans l'intérieur de la France : « Où veuxtu que j'aille, traître, écrivait-il à son ancien collègue du Pouvoir Exécutif. » — « Où tu voudras, imbécile », lui répondait Fouché.
Pendant toute cette période, le ministre tint régulièrement Mme de Custine au courant des événements, et ses lettres sont remarquables par une grande largeur de vues et une rare prévoyance de l'avenir. Bien qu'il ait été appelé au pouvoir sur les instances du parti royaliste, il avait de nombreux ennemis, et sa situation n'avait pas tardé à devenir fort difficile. Il cherchait partout des appuis; il savait que Chateaubriand lui était très hostile; il s'imagina qu'il le ramènerait à de meilleurs sentiments, s'il pouvait avoir avec lui une conversation intime, familière chez un ami commun, et il demanda à Mme de Custine d'être cet intermédiaire bienveillant. Delphine, toujours bonne, toujours prête
(i) « Quelle figure faisait le roi très chrétien entre ces deux défroqués », écrivait le duc Victor de Broglie. — Pozzo di Borgho, les voyant monter en voiture, disait : « Je voudrais bien entendre ce que disent ces agneaux ! »