‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 258 sur 310 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Juillet à décembre.

Astolphe quitte Vienne et s'établit h Francfort. — I] va faire une cure aux eaux de Schlangenbad. — Projets de mariage. — Albertine de Staël. — Astolphe supplie sa mère de venir le rejoindre. — Mme de Custine vient s'installer à Francfort.

Pendant que ces événements survenaient en France et que Fouché disparaissait de la scène du monde, où il avait joué un si triste rôle, Mme de Custine passait par de cruelles préoccupations : plus que jamais, elle était anxieuse d'Astolphe et les nouvelles qu'elle recevait n'étaient pas de nature à la rassurer.

Le jeune homme était toujours à Vienne, malade, et malgré les soins de Koreff, son état ne paraissait guère [s'améliorer. Les lettres fréquentes que sa mère recevait de lui montraient bn trouble moral extrême, nous pourrions même dire un^trouble cérébral. Il écrivait le 3 1 rnai :

« J'aurais bien des choses à te dire, mais j'y renonce par désespoir; une pareille correspondance est pire qu'un silence absolu ! J'ai le cœur plein et je ne puis le soulager ; si je pouvais parler, je ne te dirais pas un

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seul fait, car je vis loin du inonde et passe à côté des hommes sur le grand chemin de la vie, où plutôt sur un petit sentier à côté de la grande route.

« Je suis tout occupé d'un livre de saint Martin qu'on vient de me prêter et qui me ravit ; ce ne sont que ses pensées détachées, mais elles révèlent toute une âme, tout un monde, et l'on s'y repose comme dans une terre nouvelle !... En lisant saint Martin, ce n'est pas de ce qu'il dit, mais de ce qu'il fait que l'on est curieux : s'il vivait, j'irais auprès de lui, et lui demanderais à genoux de m'instruire, non par des paroles, car les mots ne m'apprendraient rien, mais en me laissant vivre avec lui. J'ai le besoin le plus vif, le plus impérieux d'être disciple ! et tant que je n'aurai pas trouvé mon Messie, je n'aurai pas de repos! Tout mon malheur vient peutêtre de ce que je le cherche sur la terre ; il aurait fallu naître dix-huit siècles plus tôt pour être parfaitement heureux,... la foi peut remplacer ce bonheur ! Aussi je tâche de faire des progrès dans la Prière. »

L'exaltation religieuse d'Astolphe n'était pas nouvelle; déjà un an auparavant, le bruit avait couru qu'il allait entrer dans les ordres, au point que sa grand'mère s'en était même inquiétée. A une interrogation pressante, Mme de Custine avait répondu :

« Pour ce que tu me dis d'Astolphe, c'est un conte quant à présent, mais il en serait bien capable, soit dit entre nous. Je ne sais pas qui a fait naître ce bruit, car il n'y a nulle apparence pour à présent, mais sa dévotion est des plus exagérées ! Certes, on ne nous accu-

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