CHAPITRE XXXII
sera pas de l'avoir influencé de ce côté ; je ne sais pas ce que cela deviendra. »
Les douleurs physiques d'Astolphe, ses accès de mysticisme n'étaient pas les seuls symptômes qui troublassent profondément Mme de Custine; elle avait, hélas! de plus graves préoccupations. Depuis son arrivée à Vienne, Astolphe s'était lié avec un jeune Allemand nommé Wilhelm de... qui avait pris presque immédiatement sur lui la plus grande influence. Dans ses lettres Astolphe parlait sans cesse de son nouvel ami, qu'il appelait « son frère ».
Avec sa perspicacité et sa prudence maternelles, Mme de Custine n'avait pas vu grandir sans inquiétude cette intimité, cette amitié passionnée qu'elle ne s'expliquait pas; elle en redoutait à juste titre les conséquences sur le caractère faible, sur le cerveau malade et déséquilibré de son malheureux fils. Elle lui avait donné de sages conseils, mais il avait trouvé mille bonnes raisons pour ne pas les suivre.
Sur ces entrefaites Wilhelm fut rappelé dans sa famille et il partit pour Darmstadt ; son départ provoqua chez Astolphe un véritable accès de désespoir ; dès lors le jeune homme n'eut plus qu'une idée, quitter Vienne et se rapprocher de l'ami qui était devenu son inséparable. Mais pour le moment il n'y fallait pas songer ; les communications étaient très difficiles et de plus fort coûteuses; or Astolphe avait des ressources pécuniaires si restreintes qu'il avait dû se loger dans une pauvre petite chambre, au quatrième étage.
Toutes ces contrariétés aggravèrent son état, ses maux de tête redoublèrent, et il fut pris d'une fièvre ardente. Heureusement ses propriétaires étaient de braves gens qui l'entourèrent des meilleurs soins. Koreff ne l'abandonnait pas, il venait le^voir chaque jour, mais la science du médecin restait impuissante devant une maladie purement nerveuse.
Depuis le départ de Wilhelm, Astolphe[ avait pris Vienne en horreur; 'la' seule idée 'qu'il ne pouvait s'en éloigner contribuait singulièrement à aggraver ses maux. Il se croyait perdu, lorsque Alexis de Noailles, qui le visitait assez fréquemment, lui annonça un jour qu'il partait pour Francfort avec M. de Talleyrand, et qu'il était| chargé^ de lui offrir une place dans la voiture du prince.
A cette nouvelle, le malade bondit hors de son lit, il n'a plus de fièvre, il a retrouvé ses forces ; il est prêt à partir sur l'heure. Laj^ pensée de a js'évader de sa prison b et de se rapprocher de l'ami qu'il regrette si vivement a suffi pour le guérir, aulmoins en apparence. Au jour dit, il monte en voiture avec ses compagnons, mais Koreff a exigé qu'un frère de la Charité l'accompagnât.
Il écrit à sa mère le 23 juillet :
« Je suis presque, à la lettre, sorti de mon lit pour monter en voiture, avec un vésicatoire que j'avciis au cou depuis cinq mois et un cautère sur le crâne depuis trois semaines.
f Nous avons voyagé dans un landau tout ouvert au