CHAPITRE XXXII
dans cette ville et beaucoup de diplomates s'y étaient déjà installés en prévision de cet événement, entre autres le prince de Hardenberg, M. de Varnhagen (i), etc. Naturellement Koreff avait accompagné son prince, et Astolphe avait eu la joie de retrouver à la fois l'ami et le médecin. Le jeune homme fréquentait les salons, et son intelligence, la variété de ses connaissances lui attiraient partout le meilleur accueil. Mme de Custine se réjouissait de voir son fils vivre dans une société choisie, lettrée et élégante.
Astolphe eut la joie pendant son séjour de se rencontrer à plusieurs reprises avec Gœthe. Quand sa mère apprend qu'il a été présenté au grand poète, elle exulte. La pensée qu'il va voir intimement cet homme illustre entre tous, l'enthousiasme et elle écrit naïvement à Astolphe qu'il gagnera prodigieusement dans une semblable société.
Il lui répond :
« J'ai ri en voyant tout ce que tu te promets de Gœthe ; tu ne sais donc pas que rien n'est plus difficile que d'approcher cet homme extraordinaire et de l'intéresser. Il a été aimable pour moi ; je pourrai aller le voir partout où je le rencontrerai, mais voilà tout, et c'est beaucoup. D'ailleurs, que voulais-tu qu'il découvrît en moi? Je suis comme un lac agité, on ne sait pas ce qui s'y reflète. Schloffer, qui ne manque à rien, ne m'a pas
(i) Pendant que Varnhagen se transportait à Paris pour collaborer aux négociations du second traité de 181 5, sa femme s'installa provisoirement à Francfort.
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cependant prêché de m'approcher plus près de Goethe. Tu aurais fait plus que moi auprès de lui, car il aime extrêmement les belles dames et le naturel, malheureusement il ne reste pas à Francfort. »
Au début de septembre, Astolphe subit une nouvelle crise et le malheureux jeune homme, accablé, désemparé, écrit tristement à sa mère :
« Je suis de nouveau souffrant, j'ai la tête lourde, des étourdissements, des malaises, du froid, c'est un état bien ennuyeux. Adieu avenir, projets, car avec cette intermittence de santé et de maladie, on ne peut rien vouloir. Je vis comme un balancier et me laisse pousser tantôt vers le bien, tantôt vers le mal, sans pouvoir suivre une marche continue. »
Au bout de quelques jours le mal augmente; il prend des proportions terribles, puis l'apaisement se fait, Astolphe peut enfin se ressaisir, et il écrit sous le coup des jours atroces qu'il vient de passer :
« Francfort, ce mercredi 20 septembre.
« Je commence par te dire que je suis mieux, étonnamment mieux, comme il m'arrive toujours après mes accès; mais celui-ci a été un des plus terribles, je suis lunatique; on dit aussi que c'est l'équinoxe qui me fait mal; ce qu'il y a de sûr, c'est que j'ai été fou il y a trois jours, car je ne me souviens plus d'un mot de ce que j'ai pensé alors; je ne vois que du noir derrière moi, et si je n'avais pas une grande lettre que je t'écrivais dans