‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 27 sur 310 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« petit mari », son père et sa sœur (i). Mais on sait qu'ils sont en route; ils doivent coucher à Soissons, arriver à Anisy mardi vers les huit heures du matin, à midi a lieu la cérémonie.

Mme de Sabran et sa fille devant se lever à l'aube décident d'aller se coucher de très bonne heure ; malheureusement la prudente mère croit devoir se conformer à l'usage et faire à Delphine un petit discours de circonstance pour la préparer à son nouvel état. Cette révélation, si discrète soit-elle, trouble Delphine infiniment, au point même qu'elle est prise de frissons que rien ne peut apaiser. Bien vite, on la couche, mais c'est pire encore. Sa mère affolée la prend avec elle dans son lit pour la réchauffer; il en résulte que ni l'une ni l'autre ne peuvent fermer l'œil et qu'elles passent la nuit accroupies sur leur lit à soupirer, à pleurer et à se consoler mutuellement.

Malgré cette nuit blanche qui n'était guère de nature à lui donner le « teint frais » qu'elle ambitionnait, Mme de Sabran était debout dès cinq heures du matin, gaie, joyeuse, toute prête à recevoir ses hôtes et à leur faire fête.

Ils arrivent en effet à l'heure dite, mais en quel état, grands dieux! harassés, n'en pouvant plus et avec des figures de l'autre monde, Armand, la mine piteuse et la joue prodigieusement enflée.

(i) Adélaïde-Anne-Philippine, sœur unique d'Armand de Custine, épousa peu après le marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies.

44 MARQUISE DE CUSTIXE

Enfin l'on s'explique et voici ce qu'apprend Mme de Sabran :

La veille, au moment de partir, le futur époux a été pris subitement d'une rage de dents violente ; après avoir couru vainement chez plusieurs dentistes, il en trouve enfin un chez lui et il peut se faire extraire la molaire malencontreuse, mais l'homme de l'art maladroit ou « voulant faire le bon poids » enlève en même temps un petit morceau de la mâchoire. D'où, pour le patient, nouvelles et épouvantables souffrances, et une fluxion monstrueuse. Il a la fâcheuse idée de se regarder dans une glace, il pousse un cri d'horreur, et le voilà pris d'une véritable crise de désespoir : il ne veut plus se montrer, il ne veut plus se marier, il veut fuir au bout du monde. On a grand'peine à le raisonner, et il faut le faire monter de force en carrosse.

Mais tous ces incidents ont mis les gens de la noce fort en retard ; au lieu de coucher à Soissons, ils ont dû coucher à Villers-Cotterets, et se lever à trois heures du matin pour arriver à Anisy en temps voulu.

Cependant il fallait oublier au plus vite toutes ces mésaventures pour s'habiller, se parer et faire bonne figure à la cérémonie.

Laissons maintenant la parole à Mme de Sabran :

« 31 juillet 1787.

« Tout fut prêt à une heure, et dans le plus grand appareil et le plus morne silence, nous nous rendîmes à la chapelle de l'évêque, moi tenant ma tille par la

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