‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 271 sur 310 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

ennuyeux, mais Delphine a l'heureuse chance de retrouver quelques-uns de ses amis de Francfort, elle se crée bien vite un petit cercle intime. Heureusement, les eaux lui réussissent à merveille : « elle reprend comme une plante qu'on arrose ».

Mme de Custine et Rahel ont trop souffert de se quitter pour ne pas s'écrire fréquemment. Delphine ne cesse de dire à son amie tout le chagrin qu'elle éprouve de la séparation :

a Carlsbad, ce 25 juillet 1816.

« Vos aimables lettres m'ont fait un plaisir et un bien infini. C'est comme si l'on causait avec vous! Elles ont votre naturel, votre grâce, votre charme! Quel regret pour moi que vous ne soyez pas venue ici! non pour vous, car je ne connais rien de plus insipide et de plus ennuyeux. Si nous avions été ensemble, nous aurions bravé tout cela, et, en dépit de la règle, nous aurions passé de bons moments.

« J'ai été si souffrante, si triste, si ennuyée, si travaillée par le cœur que je n'ai pas ouver un livre ni lu une ligne. Je me rappelle avec un profond regret les leçons que vous me donniez, ces beaux moments ne s'effaceront jamais de ma mémoire. Oh! comme j'aurais fait des progrès ! . . .

« M. Berstœcher est bien sensible à votre souvenir; il a pris les eaux et s'en trouve assez bien; c'est une espèce de frénésie à laquelle personne ne peut se

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soustraire, et lorsqu'elle vous gagne, on ne peut calculer où elle s'arrêtera. Il y a vu un homme qui boit par jour quatre-vingts verres de la source la plus chaude! Ah! par exemple, nous n'en sommes pas encore là, nous n'avons pas encore passé la douzaine, et encore de la source moyenne...

« Adieu, chère, bien chère, pensez quelquefois à moi^ et gardez-nous une petite place dans ce cœur si chaud et si amical. »

Après une saison de six semaines à Carlsbad, Mme de Custine croit en être quitte avec la médecine, mais Koreff ne l'entend pas ainsi ; il exige qu'elle prenne encore quinze bains de Teplitz pour achever sa guérison ; elle refuse d'abord, mais comme Koreff lui annonce qu'il l'accompagnera, elle cède devant une aussi bonne raison, et elle part avec lui.

Les eaux de Teplitz, en Bohème, étaient situées dans la plus ravissante contrée du monde et toute l'aristocratie allemande, polonaise et autrichienne s'y donnait rendez-vous. Les Clary, seigneurs de l'endroit, y possédaient une magnifique demeure, au milieu d'un parc admirable. Mme de Boufïlers était intimement liée avec eux, aussi s'empressèrent-ils de faire fête à Delphine. Sans cesse elle était conviée à de nouveaux plaisirs. Le matin, après le bain et la promenade, on jouait aux boules dans le parc, tantôt on se promenait en gondole sur la magnifique pièce d'eau, tantôt on parcourait en voiture les environs du pays. Le soir des artistes de la localité jouaient sur le théâtre du châ-

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