‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 272 sur 310 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

teau; après le théâtre, il y avait bal et concert (i).

Donc la cure de Teplitz se passe le plus agréablement du monde pour Mme de Custine.

Sa saison terminée elle fait de tendres adieux à Koreff, ils se promettent de s'écrire comme d'habitude deux fois par semaine de longues, longues lettres qui atténueront l'amertume de la séparation; puis Delphine va rejoindre son fils à Francfort et tous deux partent pour la France. Comme elle n'a pas de moyens financiers suffisants pour faire une installation à Paris, Mme de Custine se borne à embrasser sa mère, et elle se rend à Fervaques pour y passer l'hiver avec Astolphe. Que lui importe Paris, puisque le Génie ne s'occupe plus d'elle et ne la voit plus qu'à de rares intervalles. Elle écrit à Rahel : « Paris est si différent lorsqu'on en a été absent un an, que c'est sans regrets qu'on le quitte au bout de quelques jours, car on y est devenu si étranger qu'on se croit toujours en voyage. »

A peine arrivé à Fervaques Astolphe s'empresse d'écrire à Mme de Varnhagen, et comme il est toujours doux pour les gens qui vous aiment de connaître l'endroit que vous habitez, il lui fait une rapide et gracieuse description du pays et aussi de son château dont il est fier :

« Figurez-vous une vallée de cinq minutes de largeur, pas assez profonde pour ressembler aux pays de montagnes, et cependant assez différente de la plaine

(i) Jean-Édouard Spenlé, Rahel. Hachette, 1910.

pour avoir un caractère à elle. Peu d'arbres dans le fond de la vallée, des prairies jusqu'au pied des coteaux, puis des terres labourées, puis quelques bouquets de bois, mais surtout des vergers qui font forêts, et cachent les habitations qu'ils renferment, et des haies magnifiques, qui bordent tous les chemins. Au milieu de ce petit univers vert, figurez-vous un grand château trop bas pour sa longueur (puisqu'il a plus de 200 pieds de long et que le second étage est déjà en mansardes), mais relevé par des toits d'ardoise très pointus et une architecture connue en France sous le nom d'architecture des temps de Henri IV, qui ne manque pas d'un certain caractère de noblesse et de solidité. Les murs sont en briques, dont la couleur rouge fait d'autant mieux à l'œil, qu'elle est interrompue par de grandes parties de pierres de taille blanches, en relief, qui forment des espèces de pilastres à la manière des édifices bâtis par les Médicis. Tout cela sans l'ombre de luxe, mais solide et sévère sans tristesse. Beaucoup de jeunes arbres autour du château.

« Outre la rivière qui passe au bout de notre cour, qu'elle ferme, nous avons du côté du jardin des fossés de cinquante pieds de large qui baignent toute cette façade du château. Les dépendances, écuries, remises, hangars, maison du jardinier tiennent au château et gâtent la vue de la cour qu'ils rétrécissent, mais qui sans ces encombrements serait une île de jardin anglais. »

C'est encore par Astolphe que nous avons des nou-

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