‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 278 sur 310 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Les visites à Fervaques. — Projets de mariage pour Astolphe. — Mme de Custine passe l'hiver de 1818 à Paris. — Retour à Fervaques. — Liaison d'Astolphe avec Mme de Genlis.

Au printemps de 18 17 Delphine a la grande joie de recevoir la visite de deux de ses amis de Francfort, le prince Gustave de Mecklenbourg et le comte Flemming; pour ce dernier en particulier elle avait toujours éprouvé une grande affection.

Elle a du reste souvent des visites, sa mère, la princesse de Vaudémont, Mme des Boulets {la Migraine)^ Mme de Cauvigny, toujours aimable et charmante. Puis vient aussi fréquemment Guy de Chaumont-Guitry, toujours fou et bon, et plus original que jamais. A Fervaques il se considère comme chez lui ; il est quelquefois dans le château sans qu'on le sache, et il part sans qu'on s'en aperçoive.

« Il est amusant, écrit Astolphe, parce qu'il a conservé un vernis de bonhomie au milieu du naufrage de tout ce qu'il avait de vrai et de vraiment bon dans l'âme... Son histoire pourrait faire épisode à celle de notre Révolution; c'est une éclaboussure de nos mal-

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heurs; il est d'une des plus nobles familles de France, a donné dans la Révolution en jacobin, puis il a abandonné ses principes libéraux... Il est haut et subalterne, fier de sa noblesse, mais encore plus avide de pouvoir... Enfin, c'est un mélange indéfinissable de fausse chaleur, de faux enthousiasme, de fausse activité et de vraie bonhomie, car malgré ce portrait détestable, il est non seulement supportable, mais agréable. »

Le vie serait assez heureuse à Fervaques si la châtelaine n'avait d'assez cruels soucis d'argent . L'année 1817 est une véritable année de famine, tout le monde souffre, les récoltes sont mauvaises, les fermiers ne paient pas; la misère, la ruine sont générales.

La situation de Mme de Custine est d'autant plus précaire, qu'elle a emprunté de l'argent pour pouvoir aller soigner son fils à Francfort, et que c'est cette année qu'elle doit le rendre. Comment faire quand les revenus ne rentrent pas, et quand la vie est de plus en plus coûteuse. Delphine a beau vivre avec la plus stricte économie, elle a bien de la peine à joindre les deux bouts. Sa mère ne peut lui venir en aide, car elle-même est accablée de soucis de toutes espèces, soucis d'argent par-dessus tout.

Astolphe écrit à sa grand'mère le 6 juin :

« Fervaques, 6 juin 1817.

« Ma mère m'a lu tes dernières lettres, et nous, nous désolons ensemble de tous tes embarras, contra-

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