CHAPITRE XXXIV
Astolphe, et ce n'était certes pas sa faute si les quelques projets mis en train n'avaient pas abouti.
En juillet Mme de Custine écrivait à sa mère pour lui demander de l'aider dans ses projets matrimoniaux, et elle lui faisait une amusante description des beaux partis du pays, car il fallait absolument qu' Astolphe fît un mariage riche; ils étaient « trop gueux » pour qu'il pût se marier selon son cœur :
« Fervaques, ce lo juillet 1817 (i).
« Tu nous écris bien rarement, ma petite mé. Je suis bien inquiète de ton procès, de ta santé, de tes voyages. Je ne puis me consoler que ce ne soit pas de celui de Fervaques qu'il soit question. Le temps est superbe et ce pays charmant. Quel dommage que tu n'y sois pas avec nous ! Que de rabâchages nous ferions sur le passé et l'avenir.
« A propos d'avenir, Astolphe est beaucoup plus disposé à se marier et y pensera sûrement sérieusement •cet hiver. On nous a parlé dernièrement d'un parti admirable. C'est Mlle de Saint-Aulaire, la fille de celui dont tu connais la femme. Elle est immensément riche. On dit que Mme de Caumont la convoite pour son fils, mais qu'il n'y a rien de fait. Informe-t'en un peu, sans faire semblant de rien, ainsi que de la figure et du caractère de la jeune personne. Mlle de Goyon serait •aussi un bon parti, mais quelles sont ses espérances de
(i) A Mme de Boufflers, chez Mme Bourgne, à Plombières.
fortune, tu n'en dis mot. Mlle d'Hautefort est un grand parti, et je sais qu'il n'y a rien d'arrêté pour elle! Mais la bosse ! et si elle n'avait pas d'enfant on serait bien attrapé.
« Pense un peu à Mlle de Saint- Aulaire, plus j'y réfléchis et plus cela me paraît merveilleux. On la dit très riche; tâche de savoir tout cela; et elle serait riche tout de suite, car c'est le bien de la mère, qui est morte depuis nombre d'années. Mlle de Duras est très tentante sous bien des rapports. Mais sa fortune présente est bien médiocre et celle à venir bien éloignée, et puis la mère veut garder sa fille, ce qui convient peu à Astolphe, qui serait affligé de se séparer de moi, car cela changerait toute notre vie; c'est la plus grande raison contre le mariage de Mlle de Duras. Ta demoiselle de Goyon serait fort bien aussi.
« Mets-toi donc en campagne de ce côté. Il faut absolument que nous trouvions une femme cet hiver, et une femme riche, car sans cela il vaut mieux rester comme nous sommes. Voilà le fruit de nos réflexions et de nos méditations solitaires. Tâche d'après cela de nous aider dans cette grande oeuvre. Mais, je te le répète, Ast. veut avant tout être indépendant, et la vraie liberté ne s'acquiert que par la fortune. En attendant, donne-moi de tes nouvelles, car notre véritable et unique joie ce sont tes chères lettres. »
En janvier 1818, Mme de Custine, qui se désole de ne pas marier Astolphe, s'avise qu'elle a tort de l'enfouir à la campagne, qu'elle ferait mieux de le produipe