‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 282 sur 310 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

•gère : je ne fais plus autre chose que garder mon mouton, et au fait je crois que cela vaut mieux que bien <l'autres choses.

« Je pense qu'Astolphe est à Saint-Léger; il me tarde de le voir, car le tête-à-tête du Gibi n'est pas très régalant. Ma santé n'est pas trop bonne; celle de Vami est parfaite. Il est si content d'être ici que tout est pour le mieux. J'espère avoir bientôt de tes nouvelles.

« Je me crois ici reléguée au bout de la terre, on n'entend que le coassement des grenouilles, le chant du ^coucou et l'aboiement éloigné des chiens, qui gardent les fermes. Je n'ai encore rien fait que déballer et ranger, et puis pour me reposer garder mon mouton; cela aurait cependant un tout autre air si je pouvais dire mes moutons. Imagine que mon bélier n'a pas du tout été fatigué du voyage, il mangeait dans la main à chaque poste; il se porte à merveille.

« Adieu, ma petite mé, donne-moi bientôt de tes nouvelles, de ton lait de chèvre, de tes bains. 11 me tarde -de te savoir moins souffrante. Vami te présente ses hommages. »

Astolphe rejoint bientôt sa mère à Fervaques; il n'est pas moins heureux qu'elle de s'y retrouver. Il mande à Mme de Bouffiers :

« Fervaques, lundi 18 mai 1818.

« Nous avons fait très bon voyage et sommes entrés triomphants dans Fervaques, il y a trois jours. Je me

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trouve toujours ici mieux qu'ailleurs, un sentiment intimé m'avertit que j'y suis à ma place, et partout ailleurs j'en éprouve un tout contraire. C'est que je ne veux ici que ce que je puis; n'est-ce pas là une des mille et une définitions du bonheur? et peut-être n'estce pas la moins juste.

« Fervaques me plaît doublement en pensant que vous y viendrez enfin cette année. Je suis sûr que ce séjour te fera du bien; le calme de cette contrée est contagieux comme l'agitation de Paris. Il y aune verdure primitive et dont l'effet est de ramener l'âme à son état naturel, la paix et le contentement.

« Tu me laisses t'écrire la bride sur le cou, c'est que tu as un talent unique pour mettre à l'aise les esprits et les cœurs.

« J'ai donné à ma mère ta petite couronne de sainte Geneviève et lui ai raconté notre pèlerinage. Tout cela l'a charmée. Elle n'a pas l'air de s'ennuyer ici, elle met partout l'ordre et la propreté; son activité s'exerce en petit; d'ailleurs, comme elle m'y voit content, elle ne laisse pas percer ce qui peut lui faire regretter d'y être. Il n'y arien qui ne se trouve ou qui ne se cache dans un cœur de mère, et l'on est sûr d'en obtenir toujours ce dont on a besoin et dans la mesure qu'il faut. Sa générosité est la seule qui ne soit pas accablante, car les sacrifices des autres nous rendent toujours mécontents de nous-mêmes... »

Le 3 juin, Delphine écrit de nouveau à sa mère: il est encore question d'un mariage pour Astolphe :

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