‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 284 sur 310 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Elle mène la même vie paisible et calme, recevant quelques amis intimes, Mme de Cauvigny, la princesse de Vaudémont, qui a pris la douce habitude de venir tous les ans, s'occupant de ses arbres, de ses fleurs, et cherchant par-dessus tout à faire quelques économies.

Dans les derniers jours d'octobre Chateaubriand vient faire une courte visite à Fervaques. Il n'y reste que deux jours, mais, au retour, il s'arrête seul à Versailles, et il y passe mystérieusement vingt-quatre heures avec Mme Récamier (i).

Les voyages du Génie à Fervaques serviront souvent maintenant à dissimuler des fugues mystérieuses et amoureuses.

En décembre 18 19 Delphine se décide à aller passer quelques mois à Paris; ce n'est pas pour elle certes, elle préférerait rester à Fervaques, et la raison lui conseillerait de le faire, car elle a bien peu d'argent, mais il s'agit de marier Astolphe et il faut savoir faire des sacrifices. Astolphe la précède de quelques jours. Elle écrit à sa mère :

« Je suis charmée que tu trouves Astolphe engraissé. Il ce porte à merveille à présent. Tu ne me parles plus de nos grands projets de mariage? Tout cela est donc encore une chimère; ce ne sera pas notre faute cette fois-ci, car nous n'avons pas hésité à venir à Paris

(i) Voir Trois amies de Chateaubriand, par M. André Bkaunier^ p. 165. Charpentier, 1910. M. Beaunier a raconté et analysé avec infiniment d'esprit et de finesse les amours de Chateaubriand. Soa ouvrage nous a beaucoup servi.

quoiqu'il eût été plus raisonnable de rester ici, car nous n'avons pas trop d'argent.

« Il paraît que je logerai à l'hôtel Grange-Batelière. Dès qu'il fallait un hôtel garni, celui-là est sûrement le meilleur. L'arrangement pour la nourriture est incommode, puisqu'il faut laisser ici son cuisinier, et que de cette manière nous ne pourrons guère avoir du monde à dîner ni à déjeuner, comme nous avions ordinairement, car pour une personne de plus ce sera six francs. Au .reste, c'est pour si peu de temps qu'on peut bien supporter encore cela, mais c'est affreux d'être ainsi sur la branche. Si quelque chose ne se décide pas cet hiver pour Astolphe, il faudra se confiner ici pour longtemps, et même pour l'hiver prochain, car cela vaudra toujours mieux que de faire des dettes ! Tout cela n'est bon à dire à personne, mais ce n'en est pas moins. »

Pendant le courant de l'été, Delphine avait écrit plusieurs fois à Chateaubriand, mais elle n'en avait pas reçu de réponse ; le Génie était bien trop occupé par la politique et par ses intrigues amoureuses.

Delphine lui écrit cependant aussitôt son retour à Paris, mais elle ne peut lui dissimuler combien elle a ■été blessée de son silence :

« Je ne sais si je dois vous dire que je suis arrivée de Fervaques et que j'ai envie de vous voir... car peut-être êtes-vous pour les présents aussi maussade que pour les absents. C'est une atmosphère bien singulière que •celle qui fait qu'on ne peut plus écrire deux lignes à

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