CHAPITRE XXXV
maladies, politique, tourmente, etc. Je suis bien à plaindre et les quatre jours de votre solitude m'ont rendu les misères accoutumées plus insupportables. Si vous me regrettez, moi je vous regrette à jamais... »
Ces tracasseries devaient avoir une issue fort heureuse puisque le 22 janvier 1822, Chateaubriand était nommé ambassadeur à Londres, en remplacement du duc Decazes.
Il part pour son poste le 2 avril. Il raconte complaisamment qu'en arrivant à Douvres, il est reçu avec les honneurs ordinaires de seize coups de canon à l'entrée et à la sortie de la ville, et de quatre factionnaires à la porte de son hôtel. Il est surprenant de voir à quel point René est sensible à toutes ces questions de vanité et quelle satisfaction il éprouve à les raconter.
Le ig juin 1822, Mme de Custine eut la joie d'avoir un petit-fils ; de grandes réjouissances eurent lieu à Fervaques en l'honneur de la naissance et du baptême d'Enguerrand.
Le mois suivant Astolphe, qui a peut-être de la peine à se fixer, est repris par son humeur voyageuse, et il part pour l'Angleterre et pour l'Ecosse.
Delphine, dès qu'elle a connu les projets de son fils, en a prévenu Chateaubriand. René répond aimablement qu'il s'occupera d'Astolphe, qu'il lui trouvera un logement et que, quant aux repas, il lui demande de les prendre à l'ambassade. Il ajoute :
550 MARQUISE DE CUSTIXE
« 2 juillet 1822.
«... Que vous êtes heureux de vous réunir dans le grand château, au mois d'octobre, que ne donnerais-je pas pour m'y trouver avec vous! Je suis comblé dans ce pays, mais j'aime mieux Fervaques. A vous, depuis longtemps et pour jamais. »
Tout se passa ainsi qu'il était convenu. Astolphe arriva à Londres, il fut l'hôte de René qui le présenta dans la société. Le 23 août Chateaubriand écrivait à Delphine pour lui donner des nouvelles de son fils; il termine ainsi sa lettre :
«Je vous verrai à Fervaques cet automne, je reviens de partout, vous le savez, et on ne peut se soustraire à mon éternel attachement. »
Soit qu' Astolphe fût porté à tout voir du mauvais côté, soit que ses impressions fussent réelles, il se montra peu satisfait de l'Angleterre et de l'Ecosse. Londres, dit-il, est le temple de l'ennui; il ne trouve en Angleterre que des hommes pleins de petitesse, de préjugés et de ridicules, et des femmes de mauvaise humeur! Bref, il revient fort déçu après un voyage de plusieurs mois.
Quand il fut question du congrès de Vérone, Chateaubriand voulut à tout prix y représenter la France, et il mit en mouvement toutes ses influences pour obtetenir le poste qu'il souhaitait passionnément. Il écrivait de Londres à M. de Villèle : « C'est la chose que je désire le plus. Servez-moi afin que je vous