‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 288 sur 310 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

serve : quand j'aurai négocié avec les rois, je n'aurai pas de rival ! »

En même temps il suppliait Mme de Duras d'agir énergiquement auprès du Roi et des ministres ; il ne se montrait pas moins pressant auprès de Mme Récamier, qui avait succédé à la duchesse dans ses bonnes grâces* Il lui écrivait :

« Ce congrès a l'immense avantaore de me ramener à Paris et toute cette politique ne signifie autre chose, sinon que je meurs du désir de vous voir! Je porte bonheur aux royalistes, je ne puis m'empêcher de remarquer que leurs affaires s'arrangent partout où je vais, et se dérangent partout où. je ne suis pas (i)! »

Mme de Duras, qui l'aimait toujours, et qui était trop grande dame pour avoir de la rancune, intervint auprès du Roi, de M . de Villèle, et elle finit par obtenir qu'il représenterait la France au Congrès.

Quand il quitta Paris le 5 octobre, plein de confiance dans la supériorité de son génie, il dit à Mme de Custine, dans sa visite d'adieu : « Je passerai du second rang au premier. »

Il ne fit rien du tout au Congrès, mais à son retour M. de Villèle lui offrit le portefeuille des Affaires étrangères, devenu vacant par la démission de Mathieu de Montmorency, il accepta et entra au ministère en décembre 1822.

Depuis longtemps MmedeCustine se préoccupait de

(i) Bardoux, Madame de Ctistine,

l'inaction d'Astolphe ; elle cherchait pour lui une situation conforme à son nom et à sa naissance, et en même temps une occupation, qui l'enlevât à ses funestes rêveries. Elle avait songé un moment à la pairie, mais le peu de succès de ses sollicitations en 1 8 14 et en 18 15 lui avait montré qu'elle n'était pas aussi bien en cour qu'elle se l'imaginait, et elle attendait un moment favorable pour poser la candidature de son fils : il était de bonne naissance, il avait trente ans, de l'intelligence, que pouvait-on lui demander de plus?

Quand elle vit Chateaubriand au ministère , elle crut qu'elle avait ville gagnée; elle courut chez son ami et le supplia de penser à Astolphe. René promit tout ce qu'elle voulut : non seulement il l'assura que son concours était entièrement acquis, mais il parut offensé qu'elle en pût douter, et elle se retira pleine d'espoir.

Au mois de janvier il est question de faire une fournée de Pairs et Delphine anxieuse renouvelle ses sollicitations : René lui répond le 27 janvier 1823 :

« Ce qui me tient le plus au cœur, c'est Astolphe ; s'il y a des pairs, il en sera, mais... y aura-t-il des pairs? J'en doute; dans tous les cas, un peu plus tôt, un peu plus tard, la pairie ne peut lui échapper. »

A partir de ce moment Delphine n'a plus de repos. Elle devine combien, malgré ses promesses et ses bonnes paroles, le Génie est indifférent; la pairie d'Astolphe est le moindre de ses soucis. Elle s'imagine qu'en insistant elle a plus de chances de réussir et elle re-

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