CHAPITRE XXXV
double ses sollicitations. Au fond elle est indignée du peu d'appui que lui prête son ami et elle ne lui ménage pas les reproches. Elle cherche même à surexciter son amour-propre en lui rappelant la conduite d'un homme qu'il déteste. Elle lui rappelle que c'est elle qui a demandé à Fouché de faire donner la pairie à M. de Brézé, et qu'elle l'a obtenue. « Convenez, lui dit-elle, qu'il serait piquant que vous ne puissiez pas en faire autant pour Astolphe. »
Aux reproches René répond avec le calme de la bonne conscience :
« Mon indifférence, vous n'y croyez pas; mes bienfaits! vous vous moquez de moi! je n'en ai point à répandre et je ferai pour Astolphe ce que je ne ferais pas pour moi-même. »
Pendant que Mme de Custine vivait dans l'espoir d'une pairie qui n'arrivait jamais, elle éprouvait dans sa plus proche famille de grandes préoccupations. La santé de sa belle-fiUe, qui avait toujours été fort délicate, était devenue mauvaise et l'hiver se passa difficilement. Comme le climat assez humide de la Normandie ne lui était pas favorable, et que la malade n'était pas en état de supporter un long voyage, on décida au printemps de la transporter à Saint-Léger, chez Mme de Boufflers. Bientôt on ne put garder aucune illusion sur l'issue de la maladie. En juin, la malheureuse jeune femme s'alita et elle succomba le 7 juillet, à peine âgée de vingt ans.
Sa dépouille mortelle fut transportée à Fervaques et
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ensevelie dans le petit cimetière de Saint-Aubin (i).
Cette mort fut pour Delphine un coup des plus douloureux. Outre qu'elle perdait une belle-fille qu'elle aimait tendrement, elle redoutait pour Astolphe les conséquences de la solitude.
Mais il n'était pas question de s'abandonner à la douleur, il fallait songer au plus pressé et s'occuper de l'orphelin. Delphine s'en chargea, et concentra sur cette frêle tête toute sa tendresse et tout son attachement. Elle se réfugia avec Enguerrand et Astolphe dans son cher Fervaques.
Il ne paraît pas que Chateaubriand ait pris une part bien vive au malheur qui frappait ses amis. Nous n'en voulons d'autre preuve que la lettre douloureuse, amère, que Delphine, toujours si douce cependant, écrivait à AI. Bertin aîné, en le priant de remettre lui-même à René quelques mots qu'elle lui écrivait pour solliciter encore son appui et la pairie :
« Fervaques, iS septembre 1823.
« Permettez-moi de vous prier de remettre cette lettre ànotre ami (Chateaubriand). Je n'ai aucun moyen de lui écrire sans que ma lettre passe et traîne dans ses bureaux, à quoi il m'est impossible de me soumettre; veuillez donc me rendre ce petit service... J'espérais
(i) Le hameau de Saint-Aubin était plus important que Fervaques et c'était là que se trouvaient l'église et le cimetière. Ce n'est que plus tard, sous Louis-Philippe, que Fervaques ayant gagné ce que perdait Saint-Aubin, une nouvelle église fut élevée à Fervaques et celle de Saint-Aubin fermée.