‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 29 sur 310 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Réjouissances champêtres à Anisy. — Philémon et Baucis. —

Voyage à Plombières. — Ascension du ballon d'Alsace. —

Arrivée à Anisy. — Pèlerinage à Notre-Dame de Liesse. — Retour à Paris. — Visites et présentations.

On peut supposer que Mme de Sabran ne dormit guère. A peine levée, elle écrit ces quelques lignes dans son journal quotidien :

« i'''' août.

« Il est huit heures du matin, tout dort dans le château, excepté moi, qui meurs d'impatience de savoir des nouvelles de ma pauvre Psyché. J'espère que, comme elle, elle aura eu plus de peur que de mal. »

L'excellente mère n'avait vraiment pas lieu de tant se préoccuper. Armand avait-il tenu compte des recommandations paternelles? Toujours est-il que quand les jeunes époux parurent, Delphine, bien que tous les yeux fussent fixés sur elle, ne témoigna pas le moindre embarras ; à part une modeste rougeur qui relevait encore l'éclat de ses charmes, elle semblait toujours la même. Mme de Sabran ravie s'écrie :

« Mon petit nid se porte à merveille, l'amour n'est pas si méchant qu'on le croit. C'est un joli petit monstre qui ne mord ni n'égratigne. »

Le lendemain l'évêque offrait à ses invités une fête nocturne et champêtre dans les bois d'une de ses fermes, à Bartais. La forêt était illuminée par une quantité de lampions qui donnaient une lumière si douce et des ombres si légères, que l'eau, les arbres, les personnes, tout paraissait aérien. La lune avait voulu être aussi de la fête... Il y avait de la musique, des chansons, une foule de pavsans bien gais et bien contents.

Pour donner à ces réjouissances ce goût de sentimentalité si fort apprécié à l'époque, l'on avait élevé au fond du bois, dans l'endroit le plus solitaire, une pauvre petite cabane; toute la noce se dirige de ce côté et l'on y trouve comme par hasard Philémon et Baucis courbés sous le poids des ans : ils donnent d'excellents conseils aux jeunes époux, et « le meilleur était leur exemple ».

Puis les mariés sont ramenés au château au milieu des cris de joie des paysans.

Malheureusement cette fête joyeuse devait avoir un assez triste lendemain. Au réveil Delphine se trouve fort souffrante; elle a une forte fièvre, un mal de tête affreux, de violents maux de reins, etc. :

« Je suis fort inquiète ce matin, écrit Mme de Sabran. Ma petite femme a la fièvre! Je crois que c'est le mal de la peur, malgré cela j'en suis en peine parce qu'elle n'a jamais été malade. Son petit mari en est tout

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