CHAPITRE IV
attristé ; il a si bien la mine du coupable que je serais fort tentée de le gronder, mais je n'ose pas, car il serait en droit de me demander de quoi je me mêle. »
Mme de Sabran, très alarmée, redoutait la petite vérole, ce fléau de l'époque ; très heureusement, il n'en était rien, et le 6 août elle peut écrire triomphante :
« Delphine est guérie, je crois que c'est le cas de chanter le refrain de la chanson : « C'est un petit mal « pour un grand bien ». Ils ne s'en aiment que mieux. »
Le bonheur de ses enfants paraît si complet que l'heureuse mère est dans le ravissement : « C'est le ménage le plus édifiant et le plus intéressant qu'il soit possible, écrit-elle, je jouis de leur bonheur. Je ne leur demande que de savoir être heureux, et je vois avec plaisir qu'ils s'y prennent bien. » Puis elle ajoute cette restriction troublante, qui ne lisait que trop bien dans l'avenir : « Pourvu que cela dure ! »
« Tu rirais si tu voyais comment Delphine mène son petit mari : elle le gouverne plus despotiquement que son frère : c'est le plus drôle de petit ménage qu'on ait encore vu. C'est une jolie chose que l'amour dans sa première jeunesse : malheureusement il change bien vite et devient bien laid, bien maussade en grandissant, comme tous les enfants gâtés. »
Delphine étant rétablie, on reprend la série des réjouissances. L'évêque offre un dîner à tous ses paysans.
« On a dressé des tables, dans le jardin en face du
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château, qui étaient bien garnies de gigots, de pâtés, de dindonneaux, etc., etc.. ; la petite Peinier et son frère représentaient le marié et la mariée : ils sont arrivés suivis d'une foule innombrable au son du violon qui les précédait, pour se mettre à table. »
Pendant le repas, une troupe de bergères et de bergers, fleuris et enrubannés, sont venus réciter des vers d'Elzéar et prendre part au festin. Puis, à la joie générale, on voit arriver un cavalier, armé de pied en cap. une lance à la main, sur un méchant cheval, suivi d'un petit homme gros et court qui fouette son âne à tour de bras. C'est don Quichotte et Sancho! Alors la joie de l'assistance devient du délire.
La journée se termine par un bal champêtre.
Comme on le voit, il n'y avait pas que haine autrefois entre le village et le château; souvent, très souvent, et l'évèque de Laon nous en fournit un saisissant exemple, l'intimité, la confiante affection étaient grandes entre le seigneur et le paysan, et ce dernier avait sa place marquée dans toutes les fêtes de famille.
Les fêtes du mariage terminées, Mme de Sabran se rend, avec le jeune ménage, aux eaux de Plombières. Elle y trouve fort peu de monde, bien que l'on soit au milieu du mois d'août; le temps était froid, on se chauffait comme en janvier, et les baigneurs s'étaient enfuis au plus vite.
Malgré l'isolement, Mme de Sabran ne se plaint pas de son sort; elle jouit pleinement de la présence de ses deux enfants et, surtout, du bonheur qu'on lit