‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 291 sur 310 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Chateaubriand ne va à Fervaques ni en novembre ni en décembre.

En décembre il écrit encore à Mme de Custine : « Ne croyez pas que je vous oublie et que vous n'êtes dans ma vie au nombre de mes plus doux et de mes plus impérissables souvenirs. »

Ces protestations d'attachement éternel n'ont aucune importance pour Chateaubriand, ce sont de simples formules de politesse et il les prodigue sans aucun scrupule à ses amies abandonnées. Mme de Custine en savait la valeur.

Delphine ne perd pas de vue la pairie d'Astolphe. René n'étant pas venu à Fervaques, elle lui écrit et insiste de nouveau.

Il lui répond le 2 décembre : « Je vous ai dit cent fois et je vous le répète, je pense que la vraie carrière d'Astolphe est la pairie, il est impossible désormais qu'il l'attende longtemps. De la pairie on va à tout, un peu de patience : il est bien loin d'avoir les années oii j'ai commencé ma vie politique. Sans doute j'aurais été plus heureux à Fervaques, si je puis être heureux quelque part; la solitude me plaît, mais souvent la vie m'ennuie. C'est un mal que j'ai apporté en naissant, il faut le souffrir puisqu'il n'y a point de remède (i). »

Les événements qui se passèrent en 1824 allaient

(i) Toutes les citations des lettres de Chateaubriand données dans ce chapitre sont extraites de Chateaïibriand et Mme de Custine, par Chedieu de Robethon.

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renverser à jamais toutes les espérances de Mme de Custine.

Le 6 juin, jour de la Pentecôte, Chateaubriand fut brutalement remercié.

Dès qu'elle apprit l'éclatante disgrâce de son ami, Delphine, qui ne lui gardait pas rancune de son ingratitude, lui écrivait ce billet touchant :

« Vous savez que quelles que soient mes peines, je ressens avant tout les vôtres, venez comme autrefois vous reposer à Fervaques. »

Peu de temps après survient un événement qui allait briser la vie d'Astolphe et empoisonner les dernières années de sa mère ; on en trouve le récit dans une lettre de M. de Varnhagen d'Ense :

« Un accident terrible, dit M. de \'arnhagen, vint mettre en émoi tout Paris ; on trouvait un beau matin, dans les environs de cette ville, un jeune homme gisant dans les champs sans connaissance, dépouillé de tous vêtements et meurtri en différentes parties du corps; ce jeune homme n'était autre que Custine qui paraissait avoir été la victime d'un crime. On ne le désignait pas hautement, mais on prononçait son nom en cachette, et la calomnie se complaisait par chuchotements qui devaient nuire à la réputation d'un homme qui comptait des adversaires aussi bien dans les rangs du monde libéral que dans ceux de l'aristocratie; indigné d'une pareille méchanceté, il se retira quelque temps du grand monde, s'adonnant d'une manière plus sérieuse à la littérature, et il entreprit différents voyages ».

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