CHAPITRE XXXVI
ce pauvre petit être qu'elle adorait se tordre dans des douleurs atroces et tendre vers elle ses bras désespérés ! Il lui fallut assister, impuissante et le cœur déchiré, à cette effroyable et interminable agonie.
Quand le pauvre martyr eut cessé de souffrir, Delphine était brisée, anéantie, détruite au physique comme au moral (i).
Cette fois, la mesure était comble; accablée sous ce nouveau malheur, n'ayant plus la force de lutter^ sans but, sans espoir, elle attendit impatiemment que la mort vînt la délivrer d'une existence, qui lui était à charge et qui n'avait que trop duré.
Son souhait ne tarda pas à être exaucé. Les crises de la maladie de foie dont elle souffrait depuis tant d'années se renouvelèrent plus fréquemment; elles augmentèrent de violence et firent prévoir une fin prochaine. Au commencement de l'été, se sentant très malade, Delphine déclara qu'elle voulait revoir avant de mourir la Suisse où elle avait passé de si heureux moments; mais la vérité est qu'elle ne pouvait se rési-
(i) Enguerrand fut enterré près de sa mère dans le cimetière de Saint-Aubin. Sur une plaque de marbre on lit :