CHAPITRE V
Boufflers revient du Sénégal. — Naissance de Gaston de Custine. — Delphine a la petite vérole. — Voyage de Mme de Sabran en Suisse avec Elzéar. — Elle revient à Niederviller assister aux couches de sa fille. — Naissance d'Astolphe de Custine. — Son baptême. — Voyage à Plombières. — Mme de Sabran rentre à Paris.
En 1788, Mme de Sabran éprouva deux grandes joies : d'abord le chevalier, après une absence de trois ans, revint du Sénégal et, guéri de ses rêves ambitieux, promit de renoncer à jamais aux expéditions lointaines et stériles.
Puis, seconde joie, et non des moindres, Delphine au mois de septembre accoucha d'un garçon. Ainsi que nous l'avons fait prévoir dans le précédent chapitre, Notre-Dame de Liesse avait ponctuellement réalisé toutes les espérances de la jeune femme. En effet, au mois de septembre 1788, c'est-à-dire juste dix mois après le fameux pèlerinage, elle mit au monde un fils qui reçut le prénom de Gaston. La joie fut grande dans toute la famille, Mme de Sabran n'était pas moins heureuse et triomphante que la jeune mère.
La vie eût été pour tous douce et charmante, si de
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graves préoccupations politiques n'étaient v^enues agiter les esprits et porter le trouble clans les intérieurs les plus unis.
Le chevalier de Boufflers, comme beaucoup de ses amis, était nettement partisan des idées nouvelles ; il les adoptait avec la sérénité pleine d'illusions d'un rêveur. Envoyé aux États généraux par la noblesse du bailliage de Nancy, il était tout fier de son importante mission.
Il n'était pas le seul de la famille à faire partie de la nouvelle assemblée. Le général de Custine, qui avait guerroyé en Amérique (i), et en avait rapporté des tendances très républicaines, venait également d'être envoyé aux États généraux par la noblesse du bailliage de Metz; très intimement lié avec La Fayette depuis leur commune campagne, il fut bientôt au nombre des constitutionnels les plus avancés. Armand de Custine. jeune, ardent, ne se montrait pas moins passionné que son père et il se jeta à corps perdu dans le courant qui entraînait tant de bons esprits.
Mme de Sabran, au contraire, calme, réfléchie, prudente, jugeait le mouvement des idées plein de périls, elle en prévoyait, avec une étonnante perspicacité, les conséquences. Fermement convaincue qu'on menait le pays aux abîmes, ou, tout au moins, à la destruction d'un état social, dont elle et les siens n'avaient qu'à se féliciter, elle déplorait l'aveuglement de son entourage et cherchait vainement à l'éclairer.
(i) Il commandait le régiment de Saintonge-Infanterie, et se distingua particulièrement à la prise de York-Town.