‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 35 sur 310 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Boufflers, Armand de Custine plus encore, persuadés que c'était, au contraire, l'âge d'or qui s'ouvrait pour la France, lui reprochaient son esprit rétrograde qui ne voulait s'ouvrir ni au progrès ni à la lumière.

Les discussions étaient souvent très vives dans le cercle familial, et si l'affection profonde, qui les unissait tous, empêchait les querelles de devenir par trop violentes, il n'en restait pas moins des ferments de discorde qui troublaient et attristaient la vie.

En attendant, les événements se précipitent : le 5 mai a lieu la réunion des Etats Généraux, et le 20 juin le serment du Jeu de Paume; le 12 juillet Necker est exilé, le peuple se soulève et le 14 la Bastille est prise de vive force. Le 15 juillet le Roi rappelle M. Necker.

Une orrave maladie de Mme de Custine vint faire diversion à la politique et aux pénibles dissentiments qu'elle engendrait. Au mois de juillet 1789, la jeune femme fut atteinte de la maladie la plus grave peutêtre à l'époque, de celle dans tous les cas qui exerçait les plus terribles ravages, de la petite vérole. L'accident était d'autant plus fâcheux que la malade commençait une nouvelle grossesse et qu'il en pouvait résulter de sérieuses complications.

Mme de Sabran avait été, à plusieurs reprises, sollicitée de laisser vacciner ses enfants; le chevalier luimême avait beaucoup insisté, l'assurant qu'en Angleterre, où l'inoculation était établie, la petite vérole

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n'existait pour ainsi dire plus, il n'avait pu vaincre les craintes de son amie.

On juge des regrets et de l'effroi de Mme de Sabran quand elle vit sa fille chérie atteinte de la terrible maladie. Elle-même en avait une peur affreuse, mais elle surmonta sa terreur, et elle soigna Delphine avec un admirable dévouement, l'entourant des soins les plus tendres, l'embrassant pour la tranquilliser, ne la quittant ni jour ni nuit. Après des alternatives diverses, la maladie céda enfin et la jeune femme se rétablit peu à peu; elle fut même assez heureuse pour ne garder aucune trace de cette pénible épreuve.

Pour se remettre des émotions par lesquelles elle venait de passer, Mme de Sabran se rendit à Plombières avec Elzéar pour y faire sa saison habituelle. Puis sa cure terminée, et peu soucieuse de regagner Paris où l'attendaient plus que jamais les agitations de la politique, elle résolut d'aller faire avec son fils une petite tournée en Suisse.

En apprenant les projets de sa mère, Delphine fut désolée; elle comptait si bien qu'elle passerait l'été avec elle à Niederviller (i), dans la propriété que son mari y possédait, et qu'elle l'assisterait pendant les derniers mois de sa oTOssesse !

(i) Niederviller est situé à une petite distance de Sarrebourg; Armand de Custine avait reçu en dot le château, la manufacture de porcelaines et des terres considérables dans les environs.

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