‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 42 sur 310 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ratrice des Français. Delphine, bien entendu, ne manque pas une soirée de son amie, et, entourée d'un cercle d'admirateurs, elle y fait brillante figure.

L'autre grande amie de Delphine était la marquise de Chateaubriand; elle appartenait à une famille illustre dans la robe; son père. Le Pelletier de Rosambo, était président à mortier, son grand-père, M. de Malesherbes, premier président de la Cour des Aides (i). Elle avait épousé, en 1786, Jean-Baptiste de Chateaubriand, conseiller au Parlement de Bretagne (2). Elle habitait rue de Bondy avec son mari, chez son père, M. de.Rosambo.

Introduite par son amie chez les Rosambo et les Malesherbes, Delphine vécut bientôt dans une grande intimité avec toute la famille, qui lui témoignait beaucoup d'affection et d'intérêt.

C'est chez les Rosambo qu'elle rencontra pour la première fois le beau-frère de son amie, le vicomte René de Chateaubriand, qui devait jouer plus tard dans sa vie un si triste rôle. Le jeune officier venait d'arriver à Paris, mais il n'y connaissait personne

(i) Malesherbes (Chrétien-Guillaume de Lamoignon, 1721-1794), petit-fils du célèbre avocat général de Lamoignon, fut à deux reprises ministre sous Louis XVI. Il avait deux filles : Aline- Thérèse, née le 6 février 1756, mariée le 30 mai 1769 à Louis Le Pelletier, seigneur de Rosambo; Françoise- Pauline, née le 15 juillet 1758, mariée à M. de Montboissier.

(2) Né à Saint-Malo le 23 juin 1750. — Les trois filles du président de Rosambo épousèrent : la première, le marquis de Chateaubriand, la seconde le comte Le Pelletier d'Aunay, la troisième le comte de Tocqueville.

et il ne fréquentait que la famille de son frère (i).

Delphine fut tout naturellement appelée à le rencontrer fort souvent, mais il lui parut assez insignifiant, et leurs relations se bornèrent à de banales politesses. De plus, le jeune homme se montrait plutôt d'allure austère, et loin d'approuver et de partager l'existence assez mouvementée de sa belle-sœur et de son entourage, il s'en faisait volontiers le censeur. En parlant de la famille de son frère. Chateaubriand a écrit dans ses Mémoires :

« Le président Le Pelletier de Rosambo, était, quand j'arrivai à Paris, un modèle de légèreté. A cette époque tout était dérangé dans les esprits et dans les mœurs, symptôme d'une révolution prochaine : les magistrats rougissaient de porter la robe, et tournaient en moqueries la gravité de leurs pères; les Lamoignon, les Mole, les Séguier, les d'Aguessau, voulaient combattre et ne voulaient plus juger! Les présidentes, cessant d'être de vénérables mères de famille, sortaient de leurs sombres hôtels pour devenir femmes à brillantes aventures... Le suprême bon ton était d'être Américain à la ville, Anglais à la Cour, Prussien à l'armée, d'être tout, excepté Français. Ce que l'on faisait, ce que l'on disait n'était qu'une suite d'inconséquences. »

Si M. de Rosambo, avec sa légèreté et sa révolte contre les idées nouvelles, n'était que médiocrement

(i) Chateaubriand arriva à Paris en 1787 avec ses deux sœurs, Lucile (Mme de Caux) et Julie (Mme de Farcy).

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