‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 5 sur 310 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vieux mari, fut tout d'abord une veuve très respectable. Elle se retira avec ses enfants chez un oncle à la mode de Bretagne de son mari, Mgr de Sabran, évêque de Laon, et elle passa chez lui sa première année de deuil (i).

Le cadre de notre récit ne nous permet pas de parler de la jeunesse de Mme de Sabran autant que nous le voudrions.

Rappelons cependant en quelques mots qu'Eléonore de Sabran était une femme délicieuse, pleine d'esprit, de charme, de talents et qu'elle est restée une des plus exquises figures féminines de ce dix-huitième siècle qui en a compté de si séduisantes. Ses lettres sont sans rivales, d'un bon sens et d'une grâce qu'on ne peut imaginer (2).

Le lecteur sera bien vite à même d'apprécier et de juger Mme de Sabran au cours de ce récit oii elle va jouer un rôle si important; il pourra se rendre compte que si elle fut une mère incomparable, elle fut aussi une adorable femme.

Au bout d'un an d'une vie presque claustrale, Mme de Sabran s'avisa qu'elle était bien jeune pour

(i) Louis-Hector- Honoré-Maxime de Sabran (1739-1811), évêque, duc de Laon, pair ecclésiastique, premier aumônier de la Reine.

(2) Nous renvoyons ceux de nos lecteurs que cela pourrait intéresser à l'ouvrage que nous avons publié sur la Marquise de Soufflets et son fils le chevalier (Plon-Nourrit et C'*, 1908), et aussi à la Correspondance de Mme de Sabran avec le chevalier de Boufflers, par MM. Prat et Magnieu (Plon-Nourrit et C^, 1875)-

s'isoler ainsi du monde, et elle prit la résolution de revenir à Paris, mais elle n'y possédait pas d'habitation. A ce moment un hôtel était à vendre rue du Faubourg-Saint-Honoré; c'était une magnifique demeure que le financier Bouret venait de faire construire, mais que des embarras d'argent l'obligeaient à vendre sans délai, avant même qu'elle ne fût complètement achevée. Il y avait un immense jardin, avec des arbres séculaires, qui donnait sur les Champs-Elysées. Mme de Sabran visita l'hôtel, il lui plut et elle l'acheta incontinent (i).

A peine installée dans la capitale, la jeune veuve commença à revoir ses parents et ses amis et elle fit peu à peu, mais timidement, sa rentrée dans le monde.

Malheureusement pour elle, ou heureusement suivant le point de vue auquel le lecteur se placera, Mme de Sabran fit, en 1777, une rencontre fortuite qui décida de toute sa vie. Un soir, chez la maréchale de Luxembourg, elle se trouva avec le chevalier de Boufflers.

Bien qu'elle ne possédât plus les attraits de la prime jeunesse et qu'elle ne fût pas précisément jolie, elle avait une figure si piquante, un esprit si original, une grâce si irrésistible qu'elle séduisait au plus haut point ; Boufflers fut surpr s, ravi, enthousiasmé.

De son côté, le chevalier avait infiniment d'esprit et

(i) Si nous ne nous trompons, cet hôtel, qui n'existe plus actuellement, était situé entre l'ambassade d'Angleterre actuelle et la rue de l'Elysée.

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