‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 51 sur 310 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

fait en me quittant, fort tendre, et moi réellement bien affligée de son départ. Il est incompréhensible; s'il était toujours comme il a été depuis trois jours, ce serait presque le bonheur. Mais quelle différence et quelle froideur! Cependant ce qui étonnait tant la mère a toujours subsisté. C'est inouï.

« Il était bien souffrant et bien changé, je suis très tourmentée de sa santé. Peut-être les pays chauds qu'il va habiter cet été lui feront-ils du bien; je ne sais, mais de tristes pressentiments m'occupent, et j'ai le cœur si gros et si serré que je n'ose les approfondir. Plains-moi, je suis malheureuse, et je tremble de le devenir encore davantage. J'ai besoin de recevoir de tes lettres et de celles de ma bonne mère. Je l'embrasse bien tendrement, donne-moi de ses nouvelles en détail. »

L'émotion de la séparation calmée, et ce ne fut pas long, Delphine, pour charmer ses loisirs forcés et ne pas se laisser envahir par l'ennui, reprend plus activement que jamais sa correspondance avec le Troubadour ; nous allons en citer quelques extraits qui feront mieux connaître le caractère de Delphine que toutes les considérations du monde :

Le Troubadour écrivait de Bruxelles, en mai 1791 : « Je suis le plus malheureux des hommes... aimer sans être aimé est un tourment inouï, je souhaite la mort. Pourquoi suis-je assez malheureux pour avoir connu

Mme de Custine désigne son mari sous le nom du fils ou du frère.

cette femme qui m'enchante trop et qui fait mon supplice par ses duretés... »

Par un sentiment très naturel, le Troubadour tvoMYQ délicieuse sa jeune confidente, et il avoue que si quelqu'un était capable de le consoler, ce serait certes Mme de Custine avec son adorable caractère : « Je vous le dis sans flatterie, ma charmante amie, vous êtes si aimable, si intéressante, qu'il est difficile de vous voir et de ne pas vous être attaché. »

De la part du Troubadour, ce n'étaient là que propos en l'air, politesses sans conséquences, mais Delphine les prenait à la lettre, et elle se montrait de plus en plus disposée à consoler l'amoureux transi ; aussi lui écrivait-elle des lettres fort engageantes, et auxquelles il était impossible de se méprendre. Sous prétexte de le raisonner, elle lui demandait d'interroger son cœur, et de bien voir s'il ne se trompait pas lui-même sur l'objet de son amour. Elle lui rappelait non sans malice « les mille folies qu'il lui avait écrites » , elle lui parlait avec émotion de sa chambre, « témoin des moments si doux qu'ils y avaient passés, » du « petit canapé bleu » dont il n'avait certainement pas perdu le souvenir, etc. Comment, dans ces conditions, pouvait-il éprouver pour la comtesse Alex ce grand amour dont il se vantait?

«... Réellement, vous vous croyez donc amoureux? Comment, quand vous étiez ici, que vous aviez les rendez-vous dont vous m'avez parlé, vous aviez de l'amour pour la comtesse Alex, mais c'est en profaner le nom! Je commence à croire que vous ne connaissez

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