‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 55 sur 310 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

soir; je vous dirai ce qu'ils comptent faire et ce qu'ils m'auront dit.

« Mais surtout n'abusez pas, ma chère Delphine, de ma confidence. Je me suis déjà aperçue que vous n'en aviez pas une entière pour moi, et si vous voulez que je vous parle franchement, c'est ce qui a été un peu la cause de ma paresse. Il serait affreux d'avoir de la réserve pour son amie et cela détruirait entièrement mon sentiment. Que dis-je? Cela est impossible, mais cela me rendrait bien malheureuse de voir que je me suis trompée.

« Vous me faites des reproches sur la manière' dont je me conduis pour Alex. Allons, ma chère petite; convenez que c'est un moment de pédanterie de votre part. J'ai écrit quatre fois à mon mari, il m'a répondu une seule lettre bien courte comme à son ordinaire.

« Adieu, ma petite, je n'ai pas le temps de vous en écrire plus long aujourd'hui. Je vous embrasse de toute la tendresse de mon cœur.

« Lisez-moi, si vous pouvez, vous serez bien habile. »

Les derniers paragraphes de la lettre laissent percer une certaine inquiétude dans l'esprit de la comtesse. Bientôt ses soupçons se confirment, elle devine la petite intrigue qui s'est nouée autour d'elle et elle manifeste quelque jalousie.

Mis en demeure de s'expliquer, le Troubadour ne peut nier l'évidence, mais il jure ses grands dieux que ses rapports avec Delphine ont toujours été pleins d'innocence, et que si la jeune femme a eu un moment

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l'air de se méprendre à la nature de leurs sentiments, c'est pure illusion de sa part.

La comtesse Alex ne se contente pas des excuses de son adorateur; assez irritée du double jeu de Delphine, elle lui écrit une lettre des plus vives, lui reprochant sa conduite et exigeant qu'elle lui remette toutes les lettresdu Troubadour . Mais « la chose n'était pas facile, beaucoup de ces lettres n'étant pas de nature à être montrées ». Pour couper court au débat, Delphine trouva un prétexte facile : elle prétendit avoir brûlé toute la correspondance. Elle affirma et même jura très volontiers que le Troubadour était complètement innocent, qu'il est vrai elle avait été la confidente de ses amours, mais rien de plus, et que c'était vraiment affreux d'oser soupçonner d'inconstance un aussi fidèle amant.

Soit crédulité, soit indifférence, la comtesse Alex voulut bien se contenter des excuses assez médiocres qui lui étaient fournies. Elle fit la paix avec Delphine, et le Troubadour ^ rentré en grâce, se montra plus pressant et plus épris que jamais.

Cette légère alerte, vite apaisée, amène cependant un certain refroidissement dans les relations, la comtesse Alex boude, le Troubadour n'écrit plus, et Delphine n'en devient que plus triste et plus désolée. Elle ne cache pas dans sa correspondance l'ennui terrible qui la dévore :

« Je suis triste à mourir, mande-t-elle à son frère. Je gémis toute la journée comme la tourterelle Peïha et

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