CHAPITRE IX
janvier-juin.
Armand de Custine est envoyé en mission auprès du prince de Brunswick. — Il échoue dans la négociation. — Le comte de Ségur à Berlin. — Il est fort mal reçu par le roi et il demande son rappel. — Armand est désigné pour le remplacer. — Il est bien accueilli à Berlin, mais il ne peut empêcher la déclaration de guerre. — Il rentre en France pour rendre compte de sa mission.
Qu'était devenu Armand de Custine depuis qu'il avait rejoint l'armée du général Lûckner? Il n'y fit pas une très long séjour ; au bout de quelques mois on le rappela à Paris pour lui proposer la plus étrange mission du monde.
Il était grandement question à ce moment de former une coalition contre la France et de placer le duc de Brunswick à la tète des armées alliées. Les ministres de Louis XVI, Narbonne et Delessart, poussés par Mme de Staël et Talleyrand, eurent la singulière pensée de demander au duc, qui passait pour aimer la France, de refuser le commandement qu'on lui offrait et de prendre la direction des armées françaises.
Malgré son extrême jeunesse, puisqu'il n'avait que vingt-trois ans, et bien que ses fonctions de capitaine de cavalerie ne l'aient pas particulièrement désigné
MAROLMSE D fc: CUSTINE
pour la diplomatie, Armand de Custine fut jugé digne de cette mission si délicate; il accepta.
Custine arriva à Brunswick le 12 janvier, mais il était déjà trop tard, le duc avait reçu de la coalition des offres si brillantes que quand le jeune diplomate lui fit des ouvertures discrètes, il ne put que les décliner (i).
Sa mission ayant échoué, Armand n'avait plus qu'à rentrer en France, mais un incident inattendu le força à prolonger son absence et à se rendre à Berlin.
Voici à la suite de quelles circonstances :
En janvier 1792 le comte de Ségur [2) avait été nommé ambassadeur à Rome, mais le pape refusa de le recevoir. Le ministre Delessart lui demanda alors de se rendre à Berlin pour voir le roi Frédéric-Guillaume et essaver de le détacher de la coalition qui se formait contre la France, en lui offrant toutes les compensations et les avantages d'une alliance contraire.
Les rapports étaient extrêmement tendus entre la France et la Prusse et il était urgent de mettre un terme à cette situation, si l'on voulait éviter une catastrophe (3).
Ségur accepta la mission qui lui était confiée et
(i) L'alliance entre la Prusse et l'Autriche fut signée le 7 février.
(2) Le comte Louis-Philippe de Ségur (1753-1832^ ambassadeur à Saint-Pétersbourg de 1785 à 1789, grand maître des cérémonies sous l'Empire.
(3) Les trois questions principales qui divisaient les deux pays étaient : 1° l'affaire des princes possessionnés d'Alsace; — 2° les rassemblements d'émigrés sur le territoire allemand, et en particulier dans l'électorat de Trêves; — 3" la propagande révolutionnaire en Allemagne.