‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 70 sur 310 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

il arriva à Berlin le 1 i janvier 1792, la veille du jour où Custine débarquait à Brunswick. L'ambassadeur n'avait qu'une idée, c'était de travailler sincèrement à la paix qui lui paraissait désirable pour les deux pays.

Mais les émigrés, craignant de voir M. de Ségur réussir dans sa mission, usèrent de tous les moyens, même les moins recommandables, pour agir sur l'esprit du roi et le détourner d'un accommodement.

Ils représentèrent l'ambassadeur « comme un démagogue enragé, comme un politique perfide, comme un ennemi de la rovauté, comme un émissaire des Jacobins. On prévint le ministère qu'il venait avec des millions pour corrompre l'entourage du roi, qu'il amenait avec lui plusieurs jacobins, déguisés en domestiques, qu'il allait travailler à séduire les troupes, etc. », enfin il n'est force calomnies qu'on n'imaginât contre lui ; on rappela même perfidement certains bons mots, plus ou moins authentiques, prononcés autrefois par Ségur à la cour de Russie, et qui flagellaient cruellement les mœurs de Frédéric-Guillaume et de son entourage.

Le roi « était personnellement un des plus violents ennemis de la Révolution; il en détestait non seulement les excès, mais même les principes et il en redoutait tellement la propagation que les moindres événements lui inspiraient une terreur panique ». Tous les renseignements, erronés ou non, que les émigrés lui faisaient parvenir à l'envi affectèrent profondément Frédéric-Guillaume .

Aussi quand Ségur se présenta à l'audience du roi, fut-il fort mal accueilli. Le prince se montra d'une froideur glaciale; il se borna à répondre sèchement aux compliments de l'ambassadeur que la France serait bien longtemps sans aucune influence en Europe, et il lui tourna le dos.

Rentré à l'ambassade, navré de son insuccès, Ségur écrivit immédiatement à Delessart pour demander son rappel immédiat (17 janvier).

En attendant qu'on lui ait donné satisfaction, il était considéré comme un pestiféré, personne n'osait l'approcher et nouer des relations avec lui, pour ne pas encourir la colère du roi. Il ne voyait que quelques personnages officiels.

Il n'avait qu'une idée, quitter Berlin au plus vite, mais il ne pouvait abandonner son poste, il fallait quelqu'un pour le remplacer. A ce moment Armand de Custine se trouvait encore à Brunswick où il venait d'échouer dans la mission que nous connaissons. Ségur proposa de le faire venir à Berlin et de lui laisser la gestion de l'ambassade. Cette solution avait le grand avantage que Custine était pour ainsi dire sur place, et que par lui-même et plus encore par sa belle-mère, il avait chance d'être bien accueilli à la cour de Prusse.

En attendant que le ministre ait pris une décision, Ségur, troublé par le fâcheux résultat de sa mission, tomba malade. Aussitôt on répandit le bruit que, couvert de confusion de la réception du roi de Prusse, il avait voulu se suicider, et les émigrés, ravis, colpor-

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