‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 84 sur 310 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

C'est un nouvel adorateur dont je t'ai bien peu parlé, et qui en vaut pourtant la peine. Je crois t'avoir dit que j'avais fait connaissance avec lui dans le temps des troubles du 10 août; c'est l'ami de mon mari, M. de Grouchy; tu dois te rappeler ce que je t'en ai dit : ce n'est plus un fat, un mauvais sujet comme le comte A... (i), c'est la simplicité même, l'honnêteté et la franchise personnifiées; il a beaucoup de choses de ton frère, avec beaucoup plus de sensibilité. Eh bien, il est fort amoureux de ta pauvre sœur... et il l'est d'une manière si touchante, si différente de tout ce que j'ai vu jusqu'à présent, que, si je n'avais pas renoncé à tout sentiment, et surtout à l'amour, je crois que j'en serais touchée. Au moins, c'est un ami sûr en qui j'ai la plus grande confiance, et qui ne peut être dangereux, ayant sur lui le plus grand empire. Je suis sûre que tu l'aimerais beaucoup, il est simple et bon. Mais ta pauvre sœur a une trop mauvaise tête pour être attachée uniquement par ces deux qualités. Un fat séduisant et aimable a plus de pouvoir sur elle. . . il flatte plus son amour-propre... C'est horrible, je le sais, mais avec toi je ne crains pas de te parler franchement... Au reste, sois tranquille, le fat, l'aimable, le simple même, rien de tout cela ne peut m'enchaîner, je ne veux plus que végéter. »

Sur ces entrefaites, Astolphe fut atteint de la rougeole, Delphine en le soignant prit la maladie à son

(i) Antoine de Lévis.

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tour, et elle resta alitée pendant près d'un mois, ne pensant plus à ses amours.

C'est pendant sa maladie qu'eurent lieu le jugement et l'exécution de Louis XVI. Aussitôt après la mort du roi, son illustre défenseur, Malesherbes, quitta Paris et se réfugia de nouveau dans ses propriétés^ près d'Orléans. Ses enfants et ses petits-enfants l'y accompagnèrent.

Armand de Custine remplissait auprès de son père à Mayence les fonctions d'adjudant général surnuméraire, mais la vie des camps l'éprouvait singulièrement; sa santé devenait de plus en plus mauvaise, et dans les premiers jours de janvier 1793, il quitta l'armée pour rentrer à Paris. Son père l'avait chargé de se présenter devant le comité de Défense générale pour y faire prévaloir son plan de campagne sur celui de Dumouriez.

Armand retrouva à Paris sa femme et son fils, et la vie commune reprit comme par le passé ; cependant les relations entre le mari et la femme, sans être absolument bonnes, s'étaient un peu améliorées; l'état de santé d'Armand, les dangers qu'il courait avaient amené un rapprochement des plus heureux :

« Ton frère, avec qui j'ai été brouillée assez sérieusement, est mieux pour moi qu'il n'a été depuis longtemps; d'ailleurs il est si malheureux de tant de manières qu'il faudrait être de pierre pour n'en être pas touchée. Ainsi nous sommes assez tendrement ensemble, mais toujours plus disposés à vivre comme frère et sœur que comme mari et femme. »

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