CHAPITRE XII
Juillet-août.
Le général de Custine est envoyé à l'armée du Nord, puis rappelé à Paris et traduit devant le Tribunal révolutionnaire. — Armand de Custine est arrêté également. — Acte d'accusation de Fouquier-Tinville contre le général. — Conduite héroïque de Delphine. — Le général est condamné à mort. — Son exécution.
Le général de Custine avait joué, depuis un an, un rôle des plus brillants, et ses succès ne se comptaient plus; malheureusement, en 1793, il subit le sort des armes et éprouva plusieurs échecs retentissants. C'est le moment que choisirent ses ennemis pour le perdre.
Son énergie, la violence avec laquelle il dénonçait l'ineptie des bureaux de la guerre, le mépris avec lequel il traitait les incapables et les énergumènes lui avaient attiré des haines implacables.
Bouchotte était alors ministre de la i^uerre. Tout son zèle se bornait à envoyer aux armées des milliers d'exemplaires du Père Duchesne.
A des observations ridicules du ministre, Custine répondait audacieusement :
« Moi aussi, citoyen ministre, je ne vois que la Repu-
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blique; mais lorsque le succès de ses armes exigera que je reproche à un ministre son ignorance ou son inaptitude aux fonctions difficiles qu'elle lui a confiées, je ne croirai pas manquer à la République en me prononçant fortement contre lui.
« Le temps n'est plus où les généraux regardaient un ministre, même imbécile, comme un dieu. Je n'ai jamais été de ces hommes sans caractère. Républicain avant la République, toutes les fois que j'ai rencontré de ces idoles ministérielles, je les ai frappées de mépris. »
Il parlait encore du ministre sur le même ton lorsqu'il répondait au Comité de salut public qui lui avait écrit pour lui reprocher sa sévérité :
« La peine de mort contre les traîtres et les désorganisateurs doit, il est vrai, alarmer Bouchotte plus vivement qu'aucun autre, car de tous les êtres malfaisants et ennemis du bonheur de leurs concitoyens, il n'en est pas un seul qui mérite plus que lui de fixer les prévoyances de la loi, etc. (i). »
Bouchotte allait prendre sa revanche.
On se rappelle qu'en 1792, Custine commandait l'armée du Rhin, et qu'il s'était successivement emparé de Worms, Spire, Francfort et Mayence; il avait établi son quartier général dans cette dernière ville.
En avril 1793, après la trahison de Dumouriez, il eut
(i) Voir Arthur Chuquet, les Guerres de la Révolution, V Expédition de Custine, Mayence. Plon-Nourrit et C".