CHAPITRE XII
une attitude si loyale qu'elle lui assura la confiance de la Convention ; mais sa position était devenue très difficile, car il était menacé de tous côtés. La ville de Francfort fut reprise par l'armée prussienne et une partie de la garnison française massacrée; peu après, Mayence fut investie.
Le général de Dampierre, qui commandait l'armée du Nord, ayant été tué le 9 mai, les représentants à l'armée du Nord firent connaître les vœux unanimes des troupes en faveur de Custine; ce dernier fut donc désigné pour remplacer Dampierre (i); ce nouveau commandement était peu enviable, car Condé et Valenciennes se trouvaient assiégées. Custine, malgré ses répugnances, n'en obéit pas moins aux ordres du Comité. Mais avant de s'éloigner, et bien qu'en réalité il n'eût plus le commandement de l'armée, il voulut tenter de débloquer Mayence; il fit une sortie le 17 mai et il fut écrasé.
Après cet insuccès, qui lui fut amèrement reproché, il partit pour l'armée du Nord ; il y trouva des troupes découragées et mal armées ; à peine était-il arrivé que les échecs se succédèrent; il n'y pouvait rien, puisqu'il héritait d'une situation acquise, mais on ne l'en rendit pas moins responsable (2). Condé, vaincue par la famine, ouvrit ses portes au prince de Cobourg le 12 juillet. A
(1) Il fut remplacé à la tête de l'armée du Rhin par le général Beauharnais.
(2) Il était sans cesse question de Custine dans les journaux, tantôt pour louer ses talents, tantôt pour le dénigrer. Lui-même ne craignait pas de se mettre en avant, et il écrivit à plusieurs reprises à la Convention.
i66 MARQUISE DE CUSTIXE
cette nouvelle, le Comité de salut public manda Custine à Paris. Le général obéit et quitta Cambrai le 15 juillet.
Dès son arrivée, il se montra hardiment; son assurance ne fit qu'exaspérer la haine de ses ennemis. Le Comité décida de le faire garder à vue par un gendarme qui avait ordre de ne pas le quitter. Le général, bravant la Convention, se promenait la tète haute dans tous les endroits publics, au Palais-Royal, dans les théâtres, toujours suivi de son inséparable gendarme. Partout il était accueilli par des ovations bruyantes et par des cris de : Vive Custine! Les jacobins demandèrent que l'on mît un terme à ce scandale.
La Convention obéit et elle décréta que le général serait mis en état d'arrestation et enfermé au Luxembourg. C'est ce qui eut lieu le 22 juillet.
Le 23 juillet l'on apprenait la capitulation de Mayence, le 28 celle de Valenciennes! C'en était plus qu'il n'en fallait pour faire traduire Custine devant le Tribunal révolutionnaire. Il fut transféré à la Conciergerie le 28 juillet et les scellés furent posés le même jour rue de Lille, 509, sur les appartements qu'occupaient Armand de Custine et sa femme, et où ils offraient l'hospitalité à leur père quand il venait à Paris; les scellés furent également posés au troisième étage, dans une pièce qu'occupait le citoyen Gauria, secrétaire du général, et dans un appartement particulier qu'avait encore loué Custine dans un hôtel oarni.