‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 93 sur 310 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le 30 juillet Custine subit un premier interrogatoire. Le 5 août, à dix heures du matin, il fut extrait de la Conciergerie, et conduit à l'hôtel garni et chez son fils pour assister à la levée des scellés; elle eut lieu en la présence de Louis Bonenfant, commissaire de police de la section de la Fontaine de Grenelle. Armand de Custine et Delphine assistaient à l'opération et signèrent le procès-verbal. On ne trouva chez Delphine rien de suspect et on lui rendit ses papiers; chez Armand au contraire, et bien qu'il ne fût ni accusé ni dénoncé, on enleva tous les papiers dans deux cartons qui furent portés au tribunal. On leva également les scellés dans la chambre occupée au troisième étage par le citoyen Gauria.

Le 13 août Custine subit un nouvel interrogatoire; il demanda que l'on fît venir de Strasbourg et de Cambrai les papiers qu'il y avait laissés et qui pouvaient aider à sa justification; il fut fait droit à cette demande : Auvray, huissier du tribunal, fut envoyé à Strasbourg avec Gauria; Terriard et Berceau, fondés de pouvoirs de Custine, allèrent à Cambrai.

Delphine, en accourant à Paris, s'imaginait qu'elle n'aurait qu'à soutenir son mari dans la cruelle épreuve qu'il traversait, mais la réalité fut bien pire encore.

Armand avait écrit à son père à Cambrai le 13 juillet une lettre où il l'engageait à donner sa démission. Cette lettre, arrivée après le départ du général, fut saisie et son auteur regardé comme suspect. De plus, quand il vit son père enfermé à la Conciergerie, le

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jeune homme ne put contenir son indignation; et quoi qu'il pût lui en coûter, il n'hésita pas à faire imprimer et placarder dans tout Paris la « Défense de la conduite politique et militaire du général Custine » .

Ces deux motifs étaient plus que suffisants pour motiver son arrestation : il fut enfermé à la Force et ne put par conséquent assister son père pendant son procès.

Delphine allait-elle succomber sous le poids du double malheur qui la frappait? Telle que nous la connaissons, on pouvait le croire. Il n'en fut rien cependant, et cette jeune femme de vingt-deux ans, que nous n'avons connue jusqu'à présent que par sa légèreté et sa frivolité, fit tête à l'orage avec une énergie dont les caractères les mieux trempés ne se seraient peutêtre pas montrés capables.

Le 14 août Fouquier-Tin ville, après avoir examiné les pièces fournies par le Comité de salut public et le Comité de sûreté sfénérale, rédio^ea son acte d'accusation ; il se terminait ainsi :

« D'après l'exposé cy dessus, l'accusateur public a dressé la présente accusation contre Adam-Philippe Custine, cy devant général en chef de l'armée du Nord et des Ardennes, pour avoir méchamment et à dessein abusé de sa qualité de général des armées, et avoir à la faveur de cette qualité trahi les intérêts de la république en entretenant des manœuvres et des intelligences avec les ennemis de la France, et par suite de ces manœuvres et intelligences, d'avoir facilité l'entrée

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