CHAPITRE XII
des ennemis dans les dépendances de la république, et de leur avoir livré des villes, forteresses, magasins et arsenaux. »
Le procès du général avait soulevé dans Paris une émotion considérable. On criait dans les rues l'interrogatoire du scélérat Custine, et ce même public qui acclamait le général quelques jours auparavant, quand il se promenait au Palais-Royal, demandait aujourd'hui sa tète avec non moins d'énergie.
L'affluence était telle pour assister aux débats que le bruit courait que des membres du Tribunal vendaient des billets pour pénétrer dans les couloirs moyennant vingt et même cinquante livres.
Un particulier, escomptant la condamnation et désireux de spéculer sur la curiosité publique, avait même, dès le premier jour du procès, commencé à faire dresser un amphithéâtre place de la République, pour vendre des places à ceux qui voudraient voir plus commodément « le supplice du traître ». Le Conseil général de la Commune, indigné de cette honteuse spéculation, donna l'ordre de détruire les travaux commencés (i).
Custine comparut pour la première fois devant le Tribunal révolutionnaire le vendredi 16 août à neuf heures du matin.
A partir de ce jour jusqu'au prononcé du jugement, Delphine assista à toutes les séances du Tribunal,
(i) Arch. nat., carton W"' 280.
malgré les dangers que l'excitation de la foule pouvait lui faire courir. Elle n'était soutenue dans cette épreuve que par la présence d'un ami de son mari, Guy de Chaumont-Quitry, qui chaque jour l'accompagnait et l'attendait dans la rue pour la préserver des outrages, s'il était possible; il était costumé en homme du peuple, vêtu d'une carmagnole, sans cravate et les cheveux sans poudre, coupés à la titus.
A plusieurs reprises, Delphine courut les plus grands dangers.
« Avant-hier, écrit la Gazette française du 21 août 1793, cette femme intéressante dans sa sensibilité et sa piété filiale, sortait du Palais de Justice au miHeu de la foule; le sourire était sur ses lèvres; on crut qu'elle riait. Quelques femmes, peu touchées de sa situation, se mirent à crier : « Elle rit, mais elle ne rira pas longtemps. C'est la fille de Custine : son père jouera bientôt à la main chaude. »
Nous ne voulons pas raconter nous-même la conduite héroïque de Mme de Custine pendant ces jours terribles, nous aimons mieux laisser la parole à son hls, qui mieux que personne, et par les propres récits de sa mère, savait ce qui s'était passé (i) :
{( La première entrevue du général et de sa belle-fille fut touchante; a peine le vieux soldat eut-il aperçu ma mère qu'il se crut délivré. En effet, sa jeunesse, sa beauté, sa timidité, inspirèrent un tel intérêt au pubhc,
(i) La Russie ev h^jo, par Astolphe iiE Cistink.