CHAPITRE XII
dt' position dura plusieurs séances et il se transforma en accusateur public : l'indécence de son attitude fut poussée à tel point qu'un des jurés requit le Président de rappeler le témoin à l'ordre.
Cependant le procès traînait en longueur, il y avait treize jours qu'il était commencé. Hébert reprochait aux juges de se laisser séduire par les beaux yeux de Mme de Custine. Le Président du tribunal et l'accusateur public furent même mandés à la barre de la Convention pour se justifier des lenteurs qu'on leur reprochait.
Enfin le 28 août, à neuf heures du soir, après une séance de douze heures, le jugement fut prononcé.
Custine, sur la déclaration de la majorité des jurés, fut déclaré convaincu de haute trahison, condamné à mort et ses biens confisqués au profit de la République.
L'accusé rentra d'un pas grave pour entendre lire la sentence. Le silence qui régnait dans l'auditoire, les bougies qu'il n'avait pas encore vues allumées depuis le commencement du débat, tout cela parut faire une vive impression sur lui. S'étant assis, il promena ses regards sur la loule. Coftinhal lui lit part de la déclaration des jurés, et après que Fouquier-'linville eut donné lecture de la loi et conclu à son application, Custine n'apercevant plus Tronson-Ducoudray, son avocat, ni son autre conseil, se retourna vers le tribunal et dit : « Je n'ai plus de défenseurs, ils se sont évanouis; ma conscience ne me reproche rien, je meurs calme et innocent. »
176 M'ARQUISE DE CUSTINE
Et il promena son regard avec indifférence sur la foule qui applaudissait. Les passions étaient si vivement surexcitées que les jurés, qui n'avaient pas voté la mort, faillirent être mis en pièces par la populace.
Custine, après' avoir entendu la sentence de mort, entra dans le greffe, se jeta à genoux et pria pendant près de deux heures. Il demanda à mourir en chrétien et on lui envoya l'abbé Lothringer, prêtre assermenté, qu'il accepta, ne faisant probablement pas grande différence entre les assermentés et les insermentés. Il se confessa longuement. Il chargea l'abbé d'écrire à sa belle-fille et à sa fille, et il lui remit encore pour cette dernière une mèche de cheveux.
Puis il écrivit à son fils cette courte lettre :
« Adieu, mon fils, adieu! Conservez le souvenir d'un père qui vit arriver la mort avec tranquillité ! Je n'emporte qu'un regret, c'est celui de vous laisser un nom qu'un jugement fera croire un instant coupable de trahison, par quelques hommes crédules. Réhabilitez ma mémoire quand vous le pourrez; si vous obtenez mes correspondances, ce serait chose bien facile. Vivez pour votre aimable femme, pour votre sœur que j'embrasse, aimez-vous, aimez-moi. Je crois que je verrai arriver avec calme ma dernière heure. Au reste, il faut y être arrivé. Adieu encore, adieu!
« Votre père, votre ami.
(( Custine. »
28 août, à di.\ heures du soir.