CHAPITRE XII
Delphine obtint l'autorisation de voir le général une dernière fois, le soir même de sa condamnation; il avait changé de cachot : « On m'a délogé, dit-il à sa belle-fille, pour céder la place à la reine parce que mon premier logement était le plus mauvais de la prison. »
Le lendemain matin, à six heures, il continua sa confession, et il dit des prières avec l'abbé qui avait passé la nuit avec lui. A ce moment la concierge apporta une lettre de Delphine, non cachetée, mais le général refusa de la lire, parce qu'elle pourrait le troubler.
A dix heures un quart, on le fit monter sur la charrette et l'on partit pour la place de la Révolution. L'abbé Lothringer l'accompagnait et il lui faisait souvent embrasser le crucifix qu'il tenait à la main. Custine portait une redingote nationale, et il regardait, les yeux mouillés de quelques larmes, le peuple qui applaudissait à son supplice.
Arrivé au lieu de l'exécution, il se mit à genoux sur le premier degré de l'échelle, reçut la bénédiction du prêtre, puis il jeta les yeux sur le sinistre coutelas et monta résolument à l'échafaud.
Le peuple, exaspéré de ces marques de piété, criait : Oh ! le lâche ! Oh ! le lâche (i) ! »
(i) Arch. nat., cartons VV"' 280 et W A 21. — Voir Mme de Custine, par Bardoux, et les Procès fameux jugés depuis la Révolution, par Desessarts. — Une heure après la mort du général, l'abbé Lothringer fut dénoncé comme ayant montré de la sympathie pour le condamné. Il fut arrêté et renfermé à l'Abbaye. II ne fut relâché que le 12 brumaire an III.