‹ Demande du rétablissement d'une chaire d'HippocrateChapitre 4 sur 6 · CHAP. V · texte numérisé non relu

CHAP. V

C. 72. Je dis donc que l’Asie diffère beaucoup de l’Europe, en ce qui concerne l’espèce humaine ( les bêtes et toutes les productions de la terre) Itout vient beaucoup plus beau etplus grand en Asie qu’en Europe, et les peuples qui l’habitent sont aussi d’un caractère plus doux et plus flexible.

D. M. Je dis donc que l’Asie diffère essentiellement de l’Europe,dans tputës les productions de la nature, tant à l’égard des hommes que des plantes. Toutvientbeaucoupplusbeau etplus grand enAsie qu’en Europe , le sol en est moins sauvage, et les hommes sont aussi d’un caractère plus doux et plus flexible.

Ç. 74 * Ce n’est pas cependant que l’Asie soit partout la même ; celles de ses contrées qui sont placées à une égale distance de la chaleur et du

froid , abondenten productions de la terre et en arbres , jouissent d'’un air pur et serein , et ont dçs eaux excellentes, soit de pluie, soit de source. La terre n’y est pas brûlee par des chaleurs exces> sives , ni comprimée par des froids rigoureux; elle n’est ni desséchée par le manque d’eau, ni inondée par des pluies considérables et par des neiges.

D. M. A la -vérité , l’Asie n’est pas également tempérée partout ; mais ses contrées , également éloignées duebaudet du froid, sont fertiles en fruits delà terre et én aibres ; l’air y est pur , les eaux y sont excellentes , venant du ciel , ou ayant des sources terrestres. Le sel n’y est point brûlé par -des chaleurs excessives , ni comprimé par des hivers rigoureux ; le hâle et la sécheresse ne s’y font point sentir par la disette d’eau , ni l’extrême humidiié par des pluies considérables et par des neiges.

C. 76. La température de ce pays , où la nature des saisons, qui n’éprouvent point de variations immodérées, doit approcher le plus de la tempérarature du printemps ; mais il est impossible que^ dans un tel pays , les hommes soient courageux , vifs , et t]u’ils supportent le travail et la fatigue, tout, jusqu’aux animaux, y est nécessairement dominé par'l’attrait du plaisir , au point qu’on ne f lit aucune distinction d’espèce ni de sexe , quand

il s’agit de satisfaire les désirs de la nature ; de là vient qu’on y voit des formes si variées parmi les bêtes sauvages. Voil^, ce me semble, comment les choses se passent , par rapport aux habitans de l’Egypte et de la Libye.

D. M. Un tel pays doit naturellement se ressentir de la bonne constitution et de la douceur des saisons j aussi bien, il n’est pas naturel que la force , le courage , la constance à supporter les fatigues et l’amour dt| travail, soient des qualités innées dans ces contrées. Au contraire, l’irrésistible attrait du plaisir commande si impérieusement à la nature , qu’elle n’y fait aucune distinction ni d’espèce , ni de sexe ; c’est pourquoi on rencontre tant de variétés parmi les bêtes sauvages. Je pense qn’ii en doit-être à peu près de même en Egypte et en Libye.

C. 86. C’est à mon avis à ces causes, qu’il faut attribuer la pusillanimité des peuples asiatiques , et de plus à leurs lois. La plus grande partie de l’Asie est gouvernée par des Rois, d’un pou voirab- .solu; or, partout où les hommes sont soumis à des despotes , ils ne sont ni maîtres d’eux-mêmes , ni gouvernés par leurs propres lois : bien loin de s’orcuper du métier des armes , ils s’étudient à dissimuler leur humeur belliqueuse ; car les dangers ne sont pas également partagés.

fiy* D, M. Voilà, ce me semble, la vraie eaüsé de l’indolence des asiatiques , laquelle vient aussi de leurs loisj car l’Asie est en majeure partie sous la domination des Rois ; or, partout où les hommes ne sont pas maîtres de leurs personnes , ni gouvernés par leurs propres lois , mais où ils sont assujétis au pouvoir absolu , il n’existe pas pour eux, de motifs de s’exercer à l’art de la guerre j au contraire , ils aiment mieux ne point paraître belliqueux, parce que les périls ne sont pas égar leraent partagés.

88. C. Rn effet, les sujets contraintsd^aller à la guerre, en supportent toutes les fatigues , et •’exposent à mourir loin de le^urs enfans, de leurs femmes et de leurs amis , pour la défense du des* pote. Leurs exploits ne servent qu’à augmenter et à propager sa puissance ; les dangers et la ihort sont le fruit qu’ils recueillent de leur bravoure; ajoutez à cela , que leurs champs , en temps de guerre , se changent nécessairement en déserts, «oitpar les ravages soufferts de la part de l’ennemi, soit par la cessation des travaux. C’est pourquoi , quand même il se trouverait parmi eux, des gens braves et courageux , la nature de leurs lois, les détourne du désir de montrer du courage.

88. D. M. En effet, ils sont obligés de combattre , de travailler et de mourir pour des despotes ^

loin de leurs femmes , de leurs enfans et de leurs amisjtandis que leurs exploits ne servent qu’à faire fructifier la puissanced’un seul, et qu’ils ne recueillent pour eux-mêmes, que les dangers et la mort : ajoutez encorç qu’ils sont forcés de quitter lenrs champs en culture , qui se changent bientôt ën déserts, par les ravages mêmes de la guerre et parla cessation des travaux.Enfin, supposé qu’il se troùvât parmi-eux, des hommes naturellement braves, 'ils y dégénéreraient bientôt par l’influence mênte des lois. ,

89. C. Une grande preuve de ce que j’avance , c’est qu’en Asie même , tous ceux des grecs et des barbares, qui ne sontpoint soumis à des despotes, mais qui se gouvernent par leurs propres lois, et travaillent par conséquent pour eux-mêmes, sont des hommes extrêmement belliqueux. En effet , ils ne courrent de dangers que pour leur compte , et ce sont eux qui recueillent le prix de leur courage, comme ils portent le prix de leur lâcheté. Au reste vous trouverez que les asiatiques mêmes ( dominés par des despotes) diffèrent entre eux par le plus ou moins de bravoure,et cette différence tient aux changemens des saisons , ainsi que je l’ai déjà dit dans mes observations précédentes. Voilà ce que javaisà remarquer de l’Asie,.

D. M. 8g.Une grande preuve de ce fait, c’est que,

jiarrtii les grf CS et les barbares d’Asie , ceux-là, iioM soumis aux despotes , mais qui se gouvernent par leurs propres lois, et qui travaillent par conséquent pour eux-mêmes,sont les plus belliqueux. En effet , ils n’affrortent les périls que pour ce qui les concerne , et ce sont eux qui remportent le prix de leur bravoure , comme ils souffrent le dommage occasionné par leur lâcheté. Au reste, vous trouverez,même chez les asiatiques , plus ou moins de bravoure ; ce qui vient de la düférence di s saisons , comme je l’ai prouvé précédemment. Voilà ce qu’il y a de remarquable concernant l’Asie.

C. ïo6. C’est encore parmi les Scythes, que bien des hommes deviennent impuissans j ils se livrent aux travaux des femmes, dont ils imitent jusqu’au son de la voix et au langage, et on les appel© efféminés. Les naturels du pays attribuent la cause de cet accident à Dieu , et ils respectent et révèrent cette espèce d'hommes, chacun Craignant d’être lui-raeme atteint d’un pareil malheur.

D. M. C’est encore parmi les Scythes, qu’on rencontre beaucoup d’hommes qui ressemblent aux eunuques : ils se livrent aux mêmes ouvrages que les femmes , dont ils imitent jusqu’au son de la voix et au langage , et on les appelé effénii-

«e'j. Les naturels du pays attribuent la cause do cet accident à la Divinité , et ils respectent et révèrent cette espèce d’hommes, par la crainte personnelle d’un pareil châtiment.

107. C. Quant à moi , je pense que cette maladie vient de Dieu , tout ainsi que les maladies quelconques , et qu’il n’y en a pas de plus divines , ou de-plus humaines, Us unes que les autres 5 mais il n’en est pas moins vrai que chacune d’elles a sa nature propre , et que rien ne se fait indépendamment des causes naturelles, devais indiquer celles qui me paraissent donner lieu à cette affection particulière aux Scythes.

D. M. Mais je pense que cette maladie vient de Dieu, comme toutes les autres, et qu’il n’y en a aucune qui ne soit ni plus ni moins divine ou humaine ; mais qu’elles pourraient toutes généralement passer, pour divines. Néauraoias chacnna d’elles a sa constitution propre, et il ne peut rien arriver que de naturel^ or, je vais expliquer comment je conçois l’origine de catte affection , qui est particulière aux Scythes.

C. m.Or, si cette maladie venait de Dieu, plus immédiatement que les autres , elle ne devrait pas être le partage exclusif des nobles et des riches ; mais elle devrait afïliger tous les Scythes

îjwlistînctement, et même en attaquer de préférence les pauvres , s’il est vrai que les dieux reçoivent avec plaisir les lionneurs et les offrandes, que les hommes leur font , et qu’ils les en récompensent ; car il est naturel que les riches , ayant plus de moyens , honorent souvent les dieux , par des dons et des sacrifices de toute espece ; au lieu que les pauvres doivent être moins portés à faire eette dépense , parce c^u’ils n’en ont pas les moyens , et que d’ailleurs ils se plaignent des dieux ,en les regardant comme les auteurs de leur misère. Ainsi, les pauvres plus que les riches devraient porter la peine de pareilles offenses. Cependant, comme je l’ai déjà dit , cette maladie vient de Dieu , comme les autres ; mais elle doit, ainsi que les autres, sa naissance à une cause naturelle , qui est celle que je viens d’assigner.

"D. M. Or, s’il se pouvait que cette maladie ei*it une origine toute divine , elle ne se bornerait pas à attaquer les Scythes les plus considérés parleur noblesse et leur grande fortune ; elle ne ferait aucune distinction des riches 5 et même elle attà, querait plus volontiers les hommes les moins opulens , s’il est vrai que les dieux se plaisent à recevoir les sacrifices des humains, et qu’ils les en récompensent en leur accordant des grAces. Donc, il est plus naturel-que les riches, à raison de leur gra'nde fortune , honorent les dieux par des sacrifices et des dons de toute espèce , au lieu que

les pauvres denuésde toutes ressources ne peuvent rien offrir ; et que d’ailleurs <, ils se plaignent des dieux, de ne pas en avoir reçu des richesses en partage; mais,comme je viens de le dire, cette maladie a une origine aussi divine que les autres ; chacune a une cause naturelle, et celle qui donne lieu à la maladie des Scythes, est telle que je viens de l’indiquer,.

Traduction française , in-18 , avec le texte grec; non corrigé sur les manuscrits de la bibliothèque royale ; Traité des Airs , des Eaux et des Lieux,

En médecine, celui qui voudra faire des recherches exactes, doit agir ainsi. D’abord, il considérera les saisons de l’année, et les effets que chacune d’elle peut produire; car elles ne se ressemblent nullement, mais elles diffèrent les unes des autres et en elles-mêmes , ainsi que dans leurs chahgemens. Ensuite , il considérera les yents chauds et froids, surtout ceux qui sont communs à tous les peuples , puis ceux qui sont particuliers à chaque région, Il doit au$si considérer les propriétés des eaux ; car , de même qu’elles diffèrent dans leur saveur et dans leur poids , ellea diffèrent aussi par leurs vertus.

Traduction du même traité, sans le texte grec, , édition de Toulouse^

Quiconque veut connaître la médecine à fond , ne peut point négliger lesobjetsdont je vais traiter. Les diverses saisons de l’anneé, et ce que chacune peut opérer, seront pour lui une source de méditations ; elles ne se ressemblent nullement- On trouve des différences dans leur constifution , môme dans leurs variations. On doit étudierAes vents, ceux qui sont froids , chauds , communs à tous les pays , propres à certaines régions ; examiner aussi les facultés des eaux. Comme elles ne sont point les mêmes au goût et au poids, elles ne se ressemblent pas toutes quant à leur vertu.

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