Dans le Vat. gr
INTRODUCTION
Mais il ne faut pas croire que Cydonès dans ce temps où il vécut à la cour de Cantacuzène se soit adonné exclusivement à l’étude: nous avons déjà vu que les travaux et les soucis inliérant à sa charge ne lui laissaient pas beaucoup de loisirs1 et qu’il devait prendre sur son sommeil même pour ses premières leçons de latin. Ce ne fut peut-être que dans cette dernière année 1 354 que Cantacuzène, pour le laisser à son travail, lui donna une certaine liberté dans ses fonctions de grand secrétaire. C’était du reste les derniers temps de la puissance de Cantacuzène : la nouvelle guerre civile entre Cantacuzène et Paléologue avait déjà commencé. Lorsqu’elle éclata, Cydonès était en Italie, et précisément à Venise : il s’y était rendu, sans doute, envoyé par l’empereur pour une mission politique, vraisemblablement pour obtenir des Latins quelques secours contre les Turcs. Ce fut, je crois, son premier voyage en Italie. Nous publions ici la lettre qui nous renseigne sur ce voyage et ne nous laisse aucun doute sur la date 2: elle est adressée à Manuel Cantacuzène, despote du Peloponèse ; les luttes dont Cydonès parle entre les deux empereurs « pour cette ombre de pouvoir » et leur alliance avec les barbares sont des allusions claires à la seconde guerre civile qui éclata en 1 353 entre Jean V Paléologue et Cantacuzène, lorsque celui-ci appela à son aide les Turcs et celui-là les Serbes. Cydonès nous dit son arrivée à Venise et 1 accueil amical qu’il y reçut : il voulait poursuivre jusqu’à Rome et remplir son vœu, mais ses amis de Venise l’en dissuadèrent à cause des innombrables dangers de la route. Démétrius y renonce avec peine et remet à une autre fois la possibilité d’accomplir son vœu, cédant aussi à la pression des événements et déclarant que la situation où se trouve sa patrie l’oblige à « retourner auprès de l’empereur et de la ville pour partager le malheur en compagnie de ceux avec lesquels il avait partagé les joies ». Quant au but du voyage, les espoirs du despote Manuel dans les démarches de Cydonès en faveur de ses compatriotes ne peuvent laisser subsister de doute : Cantacuzène même l’avait envoyé pour solliciter l’aide des peuples latins en faveur de l’empire chancelant.
1. Il est même souvent envoyé à l’étranger pour des ambassades : cf. lettres.