Cf. Memorie délia città di Milano, V, p
INTRODUCTION
cependant que le plus long séjour de Cydonès en Italie date de l’époque de ce second voyage ; nous sommes portés à croire que Démétrius resta éloigné de sa patrie quelques années et que peut-être l’incertitude même des dates données par Giulini peut avoir sa raison d’être dans le fait qu’on conservait le souvenir qu’il avait séjourné plus d’une fois en Italie en ces années; Venise, Milan, Florence et Rome furent visitées par Démétrius selon toute vraisemblance à cette époque. Cydonès fut donc l’un des premiers et plus remarquables personnages qui firent connaître la langue et la culture grecque en Italie et qui usèrent de leur influence pour rapprocher l’Orient de l’Occident et pour reserrer en particulier les liens entre Byzance et la république de Venise, et, en général, les royaumes occidentaux. Rien ne nous oblige à croire que Démétrius ne rentra en Grèce qu’assez longtemps après que Jean V Paléologue eut pris en mains le gouvernement de l’empire. Le discours qu’il lui adresse nous livre quelques renseignements précieux sur cette époque : il nous donne, ainsi que nous l’avons vu, la certitude que Cydonès vécut quelque temps loin du palais ; nous croyons que cette période coïncide, au moins en partie, avec son séjour en Italie. JeanV avait plus d’une fois tenté de le retenir et de l’attirer a lui : malgré son attachement à Cantacuzène, sa présence à la cour et son expérience des affaires publiques étaient trop précieuses pour que le nouvel empereur ne lui fit pas des avances. Mais Cydonès ne se rendit à ses prières que bien plus tard, et il nous dit que lorsque Γ empereur voulut le rappeler à la cour estimant, à l’exemple de son prédécesseur, sa présence utile à l’état, Cydonès, bien qu’il reçût beaucoup de promesses, refusa à plusieurs reprises. Mais il ne pouvait en être ainsi longtemps : « Personne m’est plus obstiné dans la lutte que les empereurs : personne, aussi bien qu'eux, ne sait obliger par la force et asservir à ses lois: moi non plus je ne pus résister jusqu’au bout, et je dus céder à ta puissance, ô empereur, tout en connaissant très bien les maux auxquels je m’exposais1. »
Quand doit-on placer ce retour de Démétrius au palais ? Probablement après i36i, certainement avant 1 36g où il accompagna l’empereur en Italie. Les péripéties de ce voyage,
i. Cf. ad Joanncm Palaeologum oratio, p. 284-a85.
INTRODUCTION
dont l’unique but était de faire une suprême tentative auprès du Pape pour obtenir de l’aide contre les Turcs, le premier accueil hospitalier de Venise, l’arrivée à Rome (i3 octobre), la soumission de Jean V à l’Église Romaine, l’impossibilité de réunir les forces latines pour une guerre alliée, la déception et la dernière humiliation de Venise, où l’empereur se trouva presque prisonnier des créanciers qui ne voulaient pas le laisser partir avant qu’il eut payé ses dettes, lesecours de son fils Manuel qui accourut sauver son père, etc., ce sont là des faits dont l’histoire nous parle en détail et il serait superflu de les répéter ici. Mais un fait, dont l’histoire ne parle pas et qui est particulièrement intéressant pour la vie de Cydonès, c’est qu’il accompagna Jean V dans son voyage, à l’aller comme au retour. 11 était du reste tout désigné pour cela : il connaissait l’Italie, il en parlait la langue ; il avait déjà de nombreux amis à Venise, à Rome et ailleurs, surtout il y était bien vu pour sa piété et pour ses croyances religieuses qui lui attiraient les sympathies des Latins : Jean V n’aurait donc pu choisir mieux. La Correspondance de Cydonès nous en donne des preuves directes. Dans une de ses lettres publiées ici 1 il parle assez longuement de l’accueil amical des Romains et de l’insistance du Pape et de sa cour pour qu’il prolonge son séjour à Rome ; voici les mots même qu’il écrit de Rome à son frère Prochoros : « Aucun de ceux qui passent ici pour être quelque chose ne m’ignore complètement, mais les plus grands d’entre eux et ceux qui commandent aux autres me connaissent et m’aiment et m’invitent chez eux : ils ont plaisir à me parler et plus de plaisir encore à m’entendre, et fréquentent aussi chez moi ceux qui leur sont inférieurs par la fortune ou par la situation, mais non en vertu : tous ont plaisir à me rencontrer ; ils considèrent comme un gain ce qu ils m’entendent dire, ils se fâchent lorsqu’ils m’entendent parler de retour, ils cherchent à me retenir même malgré moi et me promettent Rome et leur compagnie en échange de mes amis et de ma patrie. Et celui qui est leur chef à tous et leur guide à tous croit que ma présence ne sera pas peu utile à ses affaires : aussi m’accorde-t-il honneurs et audiences des auiourd’hui et m’en promet d’autres, si jereste encore un peu2. »