‹ Démétrius Cydonès: correspondanceChapitre 35 sur 101 · A L’EMPEREUR JEAN GANTACUZËNE · texte numérisé non relu

A L’EMPEREUR JEAN GANTACUZËNE

nouvelles relatives à tes affaires, j’ai pensé aujourd’hui qu’il ne suffisait pas à ma joie d’entendre parler de celles-ci et je voulais éloigner de moi les courriers pour repaître mes yeux des plus doux spectacles et me trouver à côté de toi, afin de voir la sagesse qui gouverne l’univers. Pour y parvenir, j’ai désiré les ailes de Dédale, j’ai souhaité avoir le char ailé de Zeus ; mais, la nature ne le permettant pas, je me consolerai, en restant dans le domaine du possible. Accouru dans la meilleure des villes, j’entends dans celle qui tout d’abord te reçut, comme Tliétis reçut Dionysios1, je repose mon âme au contact de la beauté de ton âme; en vivant chaque jour à tes côtés, en te voyant, en pleine jeunesse avec les qualités des hommes d’âge, faire violence si manifestement aux lois de la jeunesse, je considère que tu es un maître autant qu’un père et que tout cela est ton enseignement. La vivacité de l’intelligence, l’amour de l’étude, la facilité à apprendre, la difficulté à te mettre en colère, l’ardeur dans la recherche du vrai, bref, l’harmonie qui résulte de toutes ces qualités sont, au dire de tous, tes signes distinctifs et ta race se les transmet de père en üls. Pour le moment donc, je suis assis comme on pourrait l’être dans un temple et je jouis en moimême de ce spectacle. Puissé-je être initié aussi aux grandes choses et voir la vertu de l’empereur rayonner sur notre pays!

(AU DESPOTE MANUEL CANTACUZÈNE

Cydonès parle de son premier voyage en Italie et des raisons qui l’ont retenu à Venise et l’ont empêché d’aller jusqu’à Rome : l’insistance de ses amis et surtout du Cardinal craignant pour lui les dangers du voyage, et les circonstances tragiques que traverse sa patrie. Les deux empereurs sont en lutte pour ce cette ombre de

i. Ce « tout d’abord » ne laisse place à aucun doute : il s’agit de Constantinople où Cantacuzène fit son entrée triomphale, le 8 février 1 347 : d s’agit de son second succès, à Thessalonique, après les soulèvements des Zélotes.

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