A CALOPIIÉROS
serait-il équitable de m’imputer ce qui doit l’être aux Génois et aux Vénitiens? Tu ne saurais donc trouver d’autre raison plus juste que celle-ci pour justifier mon silence, à mon avis. Aussi, je ne me plains pas personnellement que tu aies gardé le silence envers moi pendant le même temps, car il ne serait pas juste de nous sommer ni toi ni moi de rendre compte de choses qui ne dépendent pas de notre volonté : il faut leur chercher d’autres causes. Quant à nos sentiments intimes, que le passé serve de critérium. Tous le savent, tu ferais même la guerre à tes frères par affection pour moi et rien, pour moi, n’a jamais eu plus de prix que ce qui te touche. Quant à ce qu’il faut que tu connaisses de nos affaires (car, j’en suis sûr, ta pensée s’inquiète toujours de ta patrie), le brave Agallon te racontera tout exactement, quand tu l’interrogeras, car son éloquence est à la hauteur de cette tragédie. Bien que tout le monde l’aimât, bien qu’il eût eu de nombreuses raisons pour se convaincre, en toute justice, de rester, il a cru l’exil plus doux que ses affections d’ici, car il est persuadé que ton amitié et ta parenté seront pour lui l’unique et suffisant remède en échange de tout cela. Sois donc bon pour lui, comme tu l’es aussi pour bien d’autres ; écris-moi aussi, trouvant quelqu’un qui pourra m’apporter tes lettres, ce que, tu le sais, je désire connaître de tes gestes beaux, grands, dignes de ta renommée, en rien inférieurs à ceux du passé mais capables de me donner un plaisir plus grand, si tu m’en instruis toi-même; car le chagrin que j’ai à ne plus goûter ta compagnie ne sera pas peu diminué, si je les apprends de ta bouche même.
i3j3-i3gi 1 ?
Cydonès vient seulement de recevoir le discours de Manuel parce
i. La lettre n’est adressée à l’empereur Manuel que dans le Laurentianus ; l’Oratorianus l’adresse à Nikolaos Cabasilas : évidemment c’est une faute due au nom Cabasilas intercalé dans la lettre : celle-ci est certainement adressée à un empereur, qui ne peut
A CALOPHÉROS
i3y3-i3gi ?
Manuelis imperatori orationem nuper Cydones accepit : Caba-
Sources ABLOU(t)i.
Tit. τώ βασιλεϊ κυρω Μανουήλ L: Νικολάω τω Καβασίλα Ο, anepigrapha apud ceteros.
que Cabasilas l’avait retenu. 11 fait de grands éloges de ce logos.
Je savais déjà auparavant que tu te souviens de moi, aussi bien lorsque lu es occupé que lorsque tu te reposes : car tu te distrais toi aussi comme nous, mais tes distractions ne sont pas du tout moins nobles que les occupations sérieuses des autres. Si, chez ceux-ci, en effet, elle (la distraction) n’en exclut pas tout à fait les amusements qui plaisent aux jeunes, mais parfois les mêle à leurs travaux et cherche à alléger pour ceux qui travaillent leurs peines, ta distraction, au contraire, montre les soucis des hommes d’âge et, qui plus est, des hommes sages. Aujourd’hui, je m’en suis rendu compte encore plus clairement, en lisant ton discours aussi étendu que beau et qui aurait dû aussi m’être donné plus tôt : ainsi j’aurais goûté plus longtemps le plaisir qu’il procure. En fait, l’excellent Cabasilas a goûté avant moi ce qu’en toute équité on aurait dû me donner avant lui, et, bien qu’il soit par ailleurs un homme juste, il ne se préoccupait guère de me priver contre toute loi pendant un temps aussi long de ce qui me revenait. Mais je ne le blâme pas de m’avoir fait ce tort; il n’a pas eu le courage de s’abstenir facilement d’un aussi beau festin, car un homme assoiffé n’aimerait pas volontiers céder la tasse à un autre, avant (de boire) luimême. Mais de cette faute lu le puniras à ton arrivée ; quant à moi, lorsqu’il m’a donné ton discours, il m’arriva ce qui arrive à ceux qui sont frappés de stupeur: la beauté des paroles, la sagesse jointe à la variété des idées et les pensées claires enfermées en peu de mots, la splendeur et la grâce répandues par toutes ces qualités comme dans un beau corps, me charmaient et me faisaient dire que ton discours ressemble aux enchantements des magiciens. Aussi étais-je tout pris par le plaisir, qui ne me permettait pas de penser à
être que Manuel, le te roi philosophe » dont Cydonès a si souvent occasion de louer la passion pour les études. On retrouve même ici une phrase qu’il écrit souvent à Manuel : « lorsque je songe que personne ne t’a servi de maître», etc. Il ne semble donc pas douteux que l’adresse du Laurentianus est exacte.
silas enim cuius in manus inciderat, diu eam apud se retinuerat ; quam Noster, cum diligentissime legerit, maximis laudibus extollit.
I καί πρότερόν ABUi : om. LO || 2 παίζεις γάρ ABUi : παίζεις μέν γάρ LO ; δή ALUi : om. ΒΟ || ήμϊν ABOUi : om. L j| 4 πάντη AUi : πάνυ B || ίχ-η αίίτη ... ή δέ σή ABUi : αυτή την των παίδων τέοψιν καί τα τούτων αθύραατα τέλος έ/ει, ή δέ σή LO || 6 ταύτη τούς AUi : ταύτη δέ τούς Β ; σπουδάζουσι AUi : γυμναζομένοις Β | η πειρωμένη AUi : πειρωμένους Β || ίο μέν AUi : om. BLO [
12 έμοί correxi : έμ.οΐς codd. |j δικαίως αν πρότερόν δοθείσιν AUi : om. BLO II ι3 καίτοι τά'λλα AUi : δς τάλλα L : καί τάλλα ΒΟ || 20 γάρ ALUi : om. ΒΟ || 24 ταΤς AUi : ταΐς των BLO.
21 A L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE 4g
quelque autre joie que ce fût. Et lorsque je songeais que personne ne t’avait servi de maître pour (t’apprendre) à parler aussi bien, mais que la nature, à elle seule, suffisait à te former pour acquérir cette puissance, et cela, en peu de temps, au milieu d’innombrables affaires, où celui qui aurait échoué après les avoir entreprises ne saurait être blâmé mais serait admirable de n’avoir pas perdu ce qu’il a acquis auparavant, voilà ce qui, en lisant ton discours, me laissa émerveillé et me faisait approuver Pindare, qui compara à des corbeaux ceux qui ont acquis le savoir par l’étude, en les opposant à l’aigle, autrement dit, à celui qui est savant par nature1. Ainsi, ce n’est pas un éloignement de l’art de parler, mais plutôt un entraînement à celui-ci que semble avoir été pour toi le temps passé sous les armes et dans la politique. Que Celui qui est souverain de toute parole, Verbe lui-même, conserve et développe en toi cette qualité, en t’attirant à lui par ce moyen et en offrant ton zèle pour l’art de la parole en exemple à ceux qui veulent vivre selon la raison. Pour ma part, j’ai estimé heureux le chêne et l’ombre qu’il projette sous lui et la source qui a entendu tant de beaux discours sur la valeur et je la croirais non moins digne que le platane de l’Attique avec ses sources et ses cigales, (ce platane) à l’ombre duquel Socrate régalait Phèdre de beaux discours sur la beauté. Les discours qu’on tenait là pourraient sur quelques points être parfois critiqués et même à juste titre; les discours que vous tenez entre vous sont au contraire pleins de sagesse et réclament l’oreille des sages. Ce n’est donc pas à la légère que j’ai dit que même tes distractions participent de la gravité de la philosophie, car même lorsque tu as besoin de te détendre l’esprit, tu ne bornes pas cette détente aux dés, au vin et aux distractions habituelles, mais celle-ci est aussi riche pour toi de discours
i. C’est le passage célèbre de la IIe Olympique (v. 1 55 sqq.) où Pindare dit : cc Savant est celui qui sait beaucoup de choses par nature : ceux qui ont une science apprise sont comme des corbeaux qui avec une bruyante loquacité croassent inutilement en face de l’oiseau divin de Jupiter ».
49 A L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE λέγειν εοικέναι τόν λόγον, ώστ3 ειχόμην ύπό τής ηδονής 25 ουκ εωμενος ύπ αυτής άλλου τοΟ τον ήδέων μεμνήσθαι.
a8 μόνον ABOUi: μόνην L || 3ο άμυθήτοις ABLOU : om. i '| 36-37 εδοξε μάλλον ABUi : μάλλον εδοξε LO || 3g εαυτόν ABLOi : σαυτόν U || 4ι περί τους ABLOi : χατά U || 43 τήν ABOUi : om. L || 44 ουκ άν ALOUi : om. B || 45 τεττίγων φαίην ALOUi : τεττίγων οΰκ άν φαίην B || 46—47 υφ’ ήν ... τοΐς μεν ABUi: υφ’ ήν τους καλούς περί του καλού λόγους ή'κουεν δ Φαιδρός Σωκράτους· τοΐς με'ν L0 || 4γ τοΐς λεχθεϊσιν ALOUi : των λεχΟέντων Β.
et de problèmes qui auraient réclamé pour les résoudre la présence de Socrate. Bien qu’ils méritassent tous, comme de raison, d 'être prononcés même à l’Académie, ce qui peut surtout étonner c’est ceci : au sujet proposé : « Quel est le plus grand mal dont peut souffrir l’homme P», les autres donnaient comme réponse que c’était d’être privé des plus grands biens, et ils avaient raison, dirais-je ; toi, au contraire, tout en souffrant des plus grands maux, tu vénérais celui qui en est l’auteur et tu pensais que si, en cherchant à se défendre, on avait l’air de lui faire des reproches, c’était plus douloureux que le malheur présent. Il ne m’a pas échappé que par ton vœu, tu voulais honorer Celui qu’il était juste d’honorer. Mais, à toi, ton renom te permet de dire ces choses même complètement paradoxales: c’est là aussi, dirait-on, un privilège des souverains ; mais, pour nous, simples mortels, personne ne rougirait de dire qu’il préfère à tout et lui-même et sa réputation. La nature, tous le savent, l’enseigne et Dieu même le commande, car il dit : « Ne confie pas ton honneur à autrui. » Aussi y as-tu gagné que je n’aie pas assisté, comme tu le desirais, a la discussion ; franchement, j’aurais ouvertement voté contre ton opinion.
i3y 3-i4oo 1 .
Lo mauvais état de santé de Cydonès ne lui permet pas d’accourir à ia rencontre de Manuel revenu dans sa patrie après une longue absence. Cydonès espère cjue Manuel sauvera son pays.
i. Les termes si sombres dans lesquels Cydonès parle de son état de santé pourraient faire croire, a première lecture, que cette lettre a été écrite peu avant sa mort ; mais le fait qu’elle se trouve aussi dans le manuscrit autographe fait écarter cette hypothèse. Cydonès sacrifie, quelquefois, lui aussi, au style emphatique de son siècle et on aurait tort de croire que la maladie dont Cydonès parle a été la dernière qui l’ait terrassé. On pourrait, tout au plus, reporter la date de cette lettre entre 1891 et i4oo, bien que rien n’oblige à croire que Jean V fût déjà mort.
ex. 77Γ
i3j3-i4.oo.
Propter infirmam valetudinem non potest Cydones obviam Manueli
5a όρίζη ABOUi : ορίζει L || 54 sq. ών πάντων κτλ usque ad extremam epistulam ABUi : τούτο μόνον rjv μέμψασθαι της συνουσίας εκείνη τ, τήν ψήφον, ήν ευλαβούμενου σε μάλλον ή αληθεύοντα ©αίην αν ένεγκεϊν. Ού γάρ με ελαθες βουληθείς όν δίκαιον τιμήσαι τή ψήφω· ώστε συνήνεγκέ σοι μή κατ’ ευχήν παραγενέσθαι με τω ζητήο.ατι · ή γάρ τοϊς σοι τότε δόξασι περιφανώς άντεψηφισάμην L0 || 63 καί παράδοξα AUi : καί τα παράδοξα Β || 65 πάντων AUI : πάντα Β || 6γ έπιτάττοντα AUi : έπιψηφίζοντα δι’ ο>ν επιτάττει Β || ηο περιφανώς ALOUi : λαμπρώς Β.
Sources AU.
Tit. : (τω βασιλεϊ Μανουήλ Παλαιολόγω) ex epistula conieci : anepigrapha codd.
A L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE 5i
Il me fallait encore être malheureux de ce côté : celui après qui, pendant son absence, je soupirais, celui que je souhaitais revoir, est revenu, je l’ai, peu s’en faut, entre mes mains et voilà que je ne pourrai ni le voir ni, après qu’il me sera apparu après une si longue absence, lui adresser la parole. Tel est l’état ou m’a réduit cette maudite ophtalmie, à la suite de laquelle la débilité et un mauvais état de santé ont prostré tout mon corps et, agitant presque chaque jour devant mes yeux l’épouvantail de la mort, ne me permettent ni de marcher ni de monter à cheval ni même de supporter une secousse quelconque, si légère soit-elle. Et je reste assis, enfermé chez moi, immobile comme les pierres, ne voyant rien de tout ce qui se passe, n’entendant rien de tout ce qui se dit ; il n’y a que, lorsqu’on me parle de toi, que l’on soulage ma douleur. Pourtant le salut de ma patrie me console delà tristesse que me donna la maladie: certains que toi seul, après Dieu, en serait l’auteur, tous t’invoquaient comme les malades invoquent les médecins ; ils s’impatientaient de ton retard et maudissaient les vents qui ne permettaient pas à leur pilote d’arriver rapidement. Et maintenant, à ta vue, ils s’imaginent renaître à la vie et estiment que tout danger, avec toi, est sans gravité. Allons, avec l’aide de Dieu, remplis les espoirs de tous, car, tu le sais, il n’y a rien de plus honorable que de s’exposer au danger pour défendre sa patrie, d’autant plus que ce n’est pas seulement pour elle mais aussi pour l’univers que tu vas prendre les armes. Personnellement, je partagerai aussi en commun le bonheur général et, en ce qui me concerne, je me réjouirai aussi pour moi-même, car mes biens, grâce à toi, seront sauvés: on éprouve, en effet, quelque chose qui est plus que du plaisir à obtenir ce qu’on désire par l’entremise de ses amis. Et si mon corps aussi peut goûter un peu de calme, je te verrai et pendant la lutte et paré des couronnes qui la suivront et qu’on te donnera pour récompenser non point la noblesse de ton sang mais ta valeur, et peut-être mon éloquence apportera-t-elle aussi sa part aux panégyriques communs.
occurrere post diutinam peregrinationom in patriam suam redeunti. Confidit Cydones Manuelem imperii res strenue restituturum.
Καί ταύτη κακώς ρε πράττειν έχρήν · οτι ρή δυναίρην, A ον άπόντα επόθουν καί δν εύχόρην Ιδείν, τούτον έπανή- 2ΐ κοντά καί ρόνον ούκ εν χεροίν όντα pou, ρήτ’ ίδειν ρή θ’ ώς διά ρακροΟ φανέντα ροι προσειπείν. Ούτως ή κάκιστ’ άπολουρένη ρε διέθηκεν δφθαλρία καί ή ρετ’ εκείνην δλον 5 ρου τδ σώρα καταβαλοΟσα πάρεσις καί κακοχυρία, ή ροι καθ’ εκάστην θάνατον σχεδόν επισείουσα ούτε βαδίσαι οΰθ’ ίππω χρήσασθαι συγχωρεί, άλλ’ ουδέ τινα άλλον σεισρόν καί τόν κουφότατον ένεγκεΐν · καί κάθηραι δή κατακεκλεισρένος καί κατά τούς λίθους ακίνητος, πάντων ίο ρέν των γινορένων αθέατος, πάντων δέ των λεγορένων άνήκοος, πλήν εΐ τις τι περί των σων διηγούρενος άφαιροι τής δδύνης. | °Ορως τήν από τής νόσου λύπην ή τής 52Τ πατρίδος σωτηρία παραρυθεΐται, ής σε ρόνον αίτιον ρετά γε τόν Θεόν εσεσθαι ταύτη πιστεύοντες, ώσπερ ι5 εν ταίς νόσοις τούς Ιατρούς πάντες άνεκαλοΟντο, καί ρέλλοντος ήχθοντο, καί κατηρώντο τοις άνέροις, ρή συγχωροϋσι θδττον αύτοίς ήξειν τόν κυβερνήτην * καί νΟν Ιδόντες άναδιώναι δοκοΟσι πάντα κίνδυνον ρετά σοϋ κουφον οΐόρενοι. *Αγε δή, τέλει πδσι σύν Θεώ τάς ελπίδας, 20 ούδέν εντιρότερον είδώς τών ύπέρ τής πατρίδος κινδύνων, άλλως τ’ ούχ ύπέρ ταύτης ρόνον, αλλά καί ύπέρ παντός ρέλλων θήσειν τα όπλα. Εγώ δέ ήσθήσοραι ρέν καί κοινή τής κοινής ευτυχίας καί εις ερέ τού ρέρους ελθόντος, ήσθήσοραι δέ καί ιδία, τών πραγράτων ήριν διά σοΟ 25 σωζορένων · εχει γάρ τι καί πλέον ηδονής όταν τις ών αύτώ βούλοιτο διά τών φίλων τυγχάνει. Εί δέ τίνος ειρήνης καί τό σώρά ροι τύχοι, ό'ψοραί σε κάν τοις πόνοις καν τοις ρετά τούτους στεφάνοις, οδς ού τού γένους τής δέ αρετής δθλον έξεις· ίσως δέ τι καί αυτός από γλώττης 3ο εισοίσω τή κοινή πανηγύρει. 52ν ϊ3
SANS ADRESSE
die, comme si cette dernière t’empêchait d’êtrejuste. Et moi qui ne t’aurais jamais pardonné si, étant en bonne santé, tu avais gardé le silence, en te voyant m’écrire, même avant de sortir de convalescence, je suis en admiration et je vois une leçon d’amitié dans ta décision. Mais toi, non plus, tu ne m’aurais pas accusé, si tu avais su la vérité sur mon compte. Pourquoi, en effet, garderais-je le silence avec toi, dont la compagnie m’est plus précieuse que tout ? Mais, moi j’écrivais et de mon côté je remplissais mon devoir. Maudits soient ceux qui, lorsqu’ils sont présents, nous promettent tout et qui, à peine se sont-ils éloignés, ne se souviennent plus du tout de ce qu’ils avaient promis. Ce sont eux la cause de ces reproches, car ils ne te remettaient pas les lettres qu’ils avaient bien promis de te remettre, à mes prières. Ainsi, je ne suis donc pas fautif; quant à toi, alors que tu pouvais garder le silence, tu m’as écrit et tu m’as donné un magnifique exemple de ta science de l’amitié.
Les compliments faits aux légats étaient plutôt faits pour leur être agréable et leur rendre ces hommages qui leur étaient dus. Je les vis avec un très vif plaisir et je parlai avec eux avec déférence, je les accompagnai, quand on les introduisit auprès de l’empereur, et tous les services dont ils avaient besoin et qu’il ne m’était pas impossible de leur rendre, je les leur rendis avec zèle. Je crus bon de leur rendre ce service, d’abord à cause de la foi commune pour laquelle ils ont tout supporté en faveur de celui qui les envoyait et qu’il eût été un péché de laisser par indifférence léser (et on la lésait, si je me retirais), ensuite, parce que c’était aussi le désir du Souverain Pontife qui m’avait écrit en me recommandant que ces hommes, qui avaient l’ordre, dans leurs lettres, de s’en remettre à moi, ne manquent de rien. C’eût donc été la dernière honte de désobéir, non pas seulement eu égard à sa dignité et à l’obéissance que tous lui doivent, surtout en matière de foi, mais aussi à cause de son amitié pour moi et de l’intérêt qu’il porte à tout ce qui me touche et qui ne pourrait pas être plus grand si j’étais son fils. J’ai appris à le connaître à Rome, lorsque je me rencontrai la première fois là-bas avec lui: il
SANS ADRESSE
SANS ADRESSE
m’était si attaché qu’il en voulait même aux nuits qui nous séparaient l’un de l’autre. Ces raisons donc m’inclinaient à être serviable envers ces hommes; de plus, si on les avait méprisés, ils n’auraient pas couvert de peu de honte ceux qui les auraient dédaignés ; car leurs entretiens furent à tous égards, dignes de la majesté de celui qui les avait envoyés et de l’objet de leur ambassade, car la vertu et la sagesse inspiraient tous leurs discours. Aussi, tout en faisant tout ce que je pouvais pour eux, je n’avais jamais pensé être arrivé à les honorer comme ils le méritaient, de sorte que les éloges qu’ils firent de moi dans leurs entretiens avec les habitants de Naxos célébraient mon zèle, non ma vertu. Car s’ils avaient eu à en dire quelque chose, sois-en sùr, ce n’est pas à Naxos mais au grand Conseil qu’ils auraient tenu ces discours ; en fait, comme ils n’ont rien à dire de moi qui soit digne des oreilles de cette assemblée, ils garderont peut-être là-bas le silence, tandis que maintenant ils essaient de convaincre de ces humbles choses les humbles habitants de cette île. Mais si je leur sais gré même de cela, ne cherche pas, pour ta part, à me faire plaisir, en me disant seulement des choses qu’ils avaient la bonté de dire de moi ; mais sachant, par expérience, combien les amis aiment les lettres de leurs amis, écris-moi et trouve quelqu’un pour me les apporter: ce sera pour moi le plus grand plaisir que tu me feras et toimême tu auras matière à te réjouir, si mes lettres te procurent quelque joie, comme tu le dis.
Cydonès est décidé à partir en Italie. L’empereur voulait l’attirer à lui, en lui promettant son amitié et de grands honneurs : Cydonès déclare qu’il n’entrera jamais à son service. Le pape (Grégoire XI) l’a déjà appelé deux fois en Italie et par une ambassade et par des lettres : Cydonès déclare qu’il le connaissait déjà avant son élection. Cydonès a été appelé en Italie par Grégoire XI par l’ambassade de 1374 dont il parle dans la lettre précédente ; par des lettres écrites
54 SANS ADRESSE 23-24
Fixum iam ac deliberatum liabet Cydoncs in Iialiam rursus se conferre : frustra Andronicus (IV Palaeologus) imperator omnia expertus estad eum retinendum, suam amicitiam poliicitus et honores amplissimos. Apertis verbis Cvdones ei respondit se nunquam animum mducturum ut ei inserviat. Se autem iam bis et per legatos et per litteras a pontifice (Gregorio XI) in Italiam vocatum : se cum eo antequam ad pontificatum perveniret amicitiam iunxisse. A Gregorio pontifice in Italiam Cydones vocatus videtur per legationem ilia de qua in superiore epistula, anno 1 3 7 ά ; moi autem per litteras ad eum missas a. 1 375 1 ; Gregorium nondum pontificem
Sources AU.
1. Confer quae de Cydonis vita disserentes diximus p. xxiv-xxv.
l'annce suivante, 1875 1 ; Cydonès a connu Grégoire qui n’était pas encore pape au moment où il se rendit à Rome avec l’empereur Jean V (1869). Cette lettre est écrite après 1876, année où Andronic usurpa le pouvoir.
Après notre entretien d’hier avec toi, ô empereur, j’ai ressenti, après notre conversation, quelque chose de vraiment étrange. Tant que tu parlais et que je t’écoutais, il me semblait comprendre ce que tu disais et je m’imaginais en tirer déjà quelques fruits pouvant être utiles à la situation présente , mais quand tu eus cesse de parler, tandis que je revenais chez moi, je cherchais, chemin faisant, à réunir dans mon esprit ce que tu avais dit et à trouver à quoi cela tendait : les paroles ne s’accordaient pas entre elles et semblaient frapper si loin du but qu’il m’apparaissait désormais impossible de pouvoir 1 atteindre par leur moyen. Toutefois, comme je trouvais absurde que tu eusses prononcé autant de paroles sans lien entre elles et sans utilité, j’examinais de nouveau et je reprenais en détail en moi-même ce que j avais entendu, dans 1 intention de le coordonner et de trouver le but que visaient tes discours ; mais malgré de nombreuses tentatives, je n arrivais a rien de mieux j au contraire, plus je cherchais à dominer ce qui avait été dit, plus cela m’échappait, comme l’eau qui coule entre les doigts d’autant plus qu’on cherche à les serrer. Je me persuadai finalement ceci : ou je rêvais et il m’avait semblé avoir eu avec toi cette conversation, et ainsi il n’y avait rien d’extraordinaire si, après mon réveil, ces visions s’étaient évanouies, ou, grâce à ton habileté d’orateur vraiment étonnante, tu imites, quand tu parles, les prestidigitateurs, et ce nua<*e qu ils répandent sur les yeux tu le répands, toi, dans les esprits: aussi, tant que tu parles, tes paroles semblent être vivantes, se mouvoir et persuader ceux qui les écoutent, comme si elles exprimaient de grandes choses, mais, une fois que tu as cessé (de parler), il ne reste dans l’âme des auditeurs aucune trace de tes paroles. Grâce à ton art de la parole, il n’est donc personne que tu n’étourdisses, car tu es vraiment en quelque sorte, un fort habile Dédale de la parole et tu composes des discours fort semblables à ses statues : à peine