ACTE m, SCÈNE IV
Au fond du souterrain où Ton me fit descendre , J'implorais le trépas que j'étais las d'attendre ; On ouvre ma prison. J'entends marcher : je voi Deux inconnus paraître et s'ayancer vers moi. Mon œil , h la lueur du flambeau qui les guide , Voit briller le poignard dans leur main homicide* Le plus jeune , a ma vue , h reculé d'horreur. Terrible , impatient d'assouvir sa fureur , L'autre vers moi s'élanoe , et déjà sur ma tète Tient le fer suspendu ^ son complice Tarrète , Et 5 prompt à ihe défendre , ardent à me venger , Repousse le poignard levé pour fti'égorger.
Soudain l'un contre l'autre ils retournent leurs armes. Seul , passant tour à tour de l'espoir aux alarmes , Entre mon assassin et mon libérateur , Enchaîné, du combat je reste spectateur !...
Je vois enfin, je vois le guerrier magnanime Renverser l'assassin aux pieds de la victime. Il expire : ( c'était l'infime Lysias ! ) Mon vengeur aussitôt vers moi tournant ées pas , Blessé, rappelle encor ses forces , son courage , Et , couvert de son sang , de mes fers me dégage. U m'apprend que son bras jadis avait puni Le cruel Pharasmin par mon père banni ; Et qu'ayant pris son nom , après Vingt ans d'absence , Du traître Lysias trompant la confiance , Complice généreux d'un horrible dessein , Il a , pour me sauver , stiivi mon assassin •, Il m'apprend que , charmé du choix de la victime , Mais voulant l'immoler sans se charger du crîttie , Le perfide consul , à Tinsu du sénat , A seul favorisé mon lâche assassinat.
J'écoutais : tout à coup sa voix s'est affaiblie; « Près de sauver tes jours Ion frère perd la vie , >>
Me dit-il. A ces mots , juge de mon effroi !
Je reconnais ton fils , il expire pour moi !
Mes frémissantes mains détachent son armure.
Le sang a gros bouillons jaillit de sa blessure. Il meurt !..• Un dieu m'inspire en ces affreux momens! Be mon libérateur je prends les vètemens ; Et seul , enveloppé de la nuit la plus sombre , Eteignant le flambeau qui m'a guidé dans Tombre , • Je sors .... La garde accourt ^ et , servant mon dessein y Par Tordre du consul, vient sauver Tassassin. Sous Fhabit du Sarmate , et tenant son épée , ' J'emporte dans le sang ma dépouille trempée. La garde , qui croit voir l'auteur de mon trépas , Jusqu'auiç portes de Rome accompagne mes pas !••. Je suis libre ; et pour moi mon vengeur perd la vie !
NICANOR
Il a fait son devoir , et je lui porte envie.
Il a rempli mes vœux : du fond de mon cachot ,
C'est moi qui l'instruisis de cet affreux complot.
C'est moi qui lui montrai les murs du Capitole.
Il a sauvé vos jours , et pour vous il s'immole !
Malheur à tout soldat qui , traître à son pays ,
En retrouvant son prince , ose pleurer son fils !
Oui 9 Tygrane ! à mes yeux ton sort est plein de charmes.
Tes mânes frémiraient, indignés de mes larmes !..•
Il voulait vous venger , remplissons ses desseins.
Dans ce palais affreux , c'est pour vous que je crains.
Aux yeux de vos sujets il est temps de paraître.
portons ! je sens pour vous mon courage renaître,
Demeure , ou tu trahis l'espoir qui m'est rendu l L'inst^t de la vengeance est encor suspendu.