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Le psychisme inférieur, p

NÉGATEURS DES DEMIFOUS 39

Les faits de ce genre (et ils commencent à être nombreux!) prouvent deux choses : d’abord (ce que l’on sait depuis longtemps) qu’il y a des parties du cerveau nécessaires à la fonction intellectuelle supérieure ; en second lieu (ce qui est plus récemment acquis) que la maladie de ces parties du cerveau ne supprime pas toute intellectualité, qu’il y a d’autres parties du cerveau qui président aussi au psychisme, à un psy-

chisme inférieur sans doute, mais à un psychisme réel.

Les adversaires de cette doctrine ne se rendent pas et défendent énergiquement leur ancienne manière de voir. «Quoi qu'il en soit, dit Surezep * dans un tout récent article,

la science a fait un progrès que seul M. le professeür J. GRASSET n’a pas voulu admettre et dont il faut tenir compte. Elle ne permet plus de contester l’unité de la vie cérébrale qui s’accuse si magnifiquement dans les faits et elle nous laisse entrevoir le jour où le fonctionnement encéphalique expliquera cette vie sous sa double forme, avec le mot et le sous-mot si intimement associés et confondus dans les multiples manifestations du psychisme, où ils supportent notre personnalité, toujours une et identique à elle-même. »

Ai-je besoin de rappeler que je n’ai jamais nié cette « personnalité, toujours une et identique à elle-même? » Seulement je maintiens que l'organe de cette personnalité, le centre psychique, est multiple et divisible ; de même que l'unité de l'être vivant n'empêche pas la complexité et la divisibilité de son corps et de ses organes.

Il est remarquable, d’ailleurs, que dans ce même article SURBLED étudie, avec beaucoup de sens clinique, les dissociations du moi et du sous-moi (c’est-à-dire de O et du polygone de mon schéma).

Dans le somnambulisme, dit-il, « il est probable qu’une dissociation se fait entre les organes encéphaliques chargés

1. J'en ai cité 46 dans mon Psychisme inférieur. 2. Surgcep. Le sous-moi. La Pensée contemporaine, 1906.

par leur fonctionnement harmonique d'exécuter les actes de notre vie consciente et d’assurer notre personnalité. Cette dissociation est du même ordre que celle d’où dépend le sommeil naturel. » Chez le nerveux, « le moi et le sous-moi cessent d’être unis, solidaires et cohérents... par suite, l'activité psychique échappe en grande partie à la raison, au mot et tombe sous la dépendance trop étroite du sous-moi, c’est-àdire de l’inconscience ». Dans l'hystérie, « le fonctionnement encéphalique se dissocie plus ou moins et le sous-moti étend et grandit son empire au détriment du mot ». Dans l'hypnose, « la conscience n'existe plus. L'unité de notre vie semble brisée et le cerveau, livré aux suggestions du dehors, n'est plus capable que d’un automatisme aussi parfait qu’'inconscient. Le sous-moi règne en maître et agit en aveugle. »

Je n'ai jamais soutenu autre chose. On voit donc que le désaccord est plus apparent que réel entre mes contradicteurs et moi.

Sans doute, SurBce ajoute (et ceci est difiérent de ce que j enseigne) : « le moi et le sous-moi ont le même substratum organique, le même siège cérébral ». Je crois avoir démontré le contraire. Comment comprendre ces dissociations entre le moi et le sous-moi s'ils se confondent dans le même siège ? Comment surtout comprendre, à certains moments, leur fonclionnement simultané et distinct, comme dans la distraction ?

En tous cas, il mesemble qu’on peut maintenir, comme une proposition scientifiquement démontrée, que le centre cérébral de la pensée et de la raison est complexe et divisible.

Ainsi s'effondre complètement la base de la théorie des deux blocs que je combats : toute cette théorie reposait sur l'unité et l’indivisibilité du centre psychique qui était intact ou malade. Ce principe est scientifiquement erroné et on ne voit plus sur quoi on pourrait étayer cette théorie.

Le centre cérébral de la raison et de la pensée étant com-

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plexe et divisible, on comprend qu’il y ait, chez les hommes bien portants, des développements inégaux de certaines facultés et on prévoit la thèse que je développerai plus loin (chap. 1v) qu'un homme peut être intelligent et déraisonnable, qu’un talent et même un génie peuvent manquer de bon sens. On prévoit aussi que suivant le nombre et la nature des neurones psychiques atteints, chez un malade donné. la raison soit complètement supprimée ou seulement altérée partiellement, dans une proportion variable suivant le cas.

Sile mot mental garde son ancien sens de psychique supérieur, le mot psychique prend un sens beaucoup plus étendu", le mental étant une partie du psychique. On comprend donc des altérations du psychisme inférieur qui troublent la raison sans l’anéantir, qui font des demifous, tandis que les altérations profondes du psychisme supérieur annihilent la raison et font les fous.

En somme, au point de vue de l'intégrité ou de la maladie des centres psychiques, on comprend déjà qu'il y ait trois groupes de faits cliniques : 1° des faits dans lesquels les centres psychiques sont atteints en assez grand nombre pour que le sujet soit fou; 2° des faits dans lesquels les divers centres psychiques sont assez intacts pour que le sujet soit raisonnable ; 3° des faits dans lesquels une partie seulement des centres psychiques et des centres les moins élevés est atteinte; dans ce dernier cas, l’altération psychique n’est pas assez étendue pour amener la folie ; elle est cependantsuffisante pour que le fonctionnement psychique ne soit pas toujours normal et ce sont les demifous.

En d’autres termes, la notion actuelle des centres psychiques oblige à admettre deux catégories de malades : les mentaux et les psychiques. Les mentaux ont perdu la raison, la volonté

4. Je n'ai pas besoin, je pense, de répéter que je n’attache aucune valeur ontologique à cette distinction du mental et du psychique et que je n'ai, à aucun degré, la prétention, qu'on m'a reprochée, de ressusciter la distinction entre mens et Luyn.

libre et consciente, l’intellectualité supérieure : ils sont fous. Les psychiques n’ont pas perdu tout ce qui fait la raison et la pensée supérieure, mais ils sont cependant troublés dans leur psychisme qui n’est pas normal ; ils sont demifous.

Donc, d’un côté il y a les normaux et de l’autre il y a les malades. Mais parmi ceux-ci il faut distinguer les mentaux qui sont les fous et les psychiques qui sont les demifous.

Donc, la théorie des deux blocs ne peut pas être maintenue. L'humanité ne se divise pas en fous et en raisonnables. Les centres psychiques sont multiples et complexes ; la maladie peut les frapper en nombre différent. Il y a les malades et les bien portants ; mais, dans les malades, il faut distinguer deux groupes bien séparés : les fous et les demifous.

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