Voir L'hypnolisme el la suggestion, p. 57 et
soit l’origine de cette idée, elle constitue une suggestion ». « Ainsi envisagée la doctrine de la suggestion s’élargit singulièrement; elle comprend l'humanité tout entière; car la suggestion, c’est l’idée d’où qu’elle vienne, avec toutes ses conséquences, qui s'impose au cerveau et devient acte... Elle est dans les idées courantes dont on se pénètre, dans l’imitation, dans les instincts qui imposent les opinions préconcçues, dans l’éducation philosophique, religieuse, politique, sociale, dans la lecture, dans les excitations de la presse, dans Ja réclame. » La suggestion est donc dans tous les actes, tous les hommes agissent sous son empire‘; ils ne diffèrent les uns des autres que par le degré de leur suggestibilité... Et ces idées n’appartiennent pas au seul professeur de Nancy. Croco et beaucoup d’autres bons esprits déclarent que la définition de la suggestion de Bernueim est « la meilieure qui ait été donnée jusqu’à présent ».
Tous ces auteurs, qui, avec Berxusim, font de la suggestion une influence psychique quelconque sur un autre psychisme, étendent par là même énormément l'irresponsabilité ou plutôt la suppriment pour la remplacer par une chaîne continue de responsabilités plus ou moins diminuées, appliquant et développant la phrase de Tarnos? : la responsabilité absolue et l’irresponsabilité absolue sont des limites idéales que les faits ne réalisent pas.
Berxuerm précise la doctrine avec un grand talent. « La suggestion, dit-il, joue un rôle dans presque tous les crimes. » Et il la montre dans le crime d’Émile Henry, le jeune anarchiste qui lança une bombe à l'hôtel Terminus et dans le crime de Pranzini qui assassina pour la voler une femme galante qu'il fréquentait. Sous la forme d'autosuggestion, il retrouve le même élément de diminution de responsabilité dans les cas où il n'y à pas du tout d'hypnotiseur, comme dans l'affaire
À. BerNueiM parle même quelque part des « suggestions héréditaires ».
2. Tarne. Citat. HENRI LEMESLE. L'évolution de l’idée de responsabilité. Revue de l'hypnotisme, &. X, p. 304.
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Meunier qui, sans suggestion exogène, pour épouser une femme, tue pour les voler un prêtre et sa servante, brûle sa maison, tue un de ses enfants, puis un inconnu... Tous les fous deviennent des suggérés. Les crimes des foules sont également dus à l’autosuggestion. « Les principales influences sugsestives, dit ScHRexk NoTziNG, résultent du milieu social, de l'éducation, de la religion, de la mode, de la politique, de la presse et principalement des infections produites par le fanatisme et la superstition. Des contagions psychiques de ce genre ont bien souvent conduit au crime. »
BerNuEIM prévoit très bien l'objection. « J'entends encore dire : avec vos idées, tout est suggestion, déterminisme, libre arbitre douteux, responsabilité morale douteuse, où allons nous ? Si l’homme évolue de par son organisation, pourquoi lutter? [Il se démène; Dieu et le diable le mènent! c’est le fatalisme! c'est la négation de la volonté et de la dignité humaine ! » Certainement il ajoute : «ils ont mal conçu notre doctrine, ceux qui en déduiraient cette conclusion. » Mais il ne démontre pas en quoi ces déductions de ses adversaires sont fauses. Etil conclut son rapport au Congrès de Moscou: « … 6° la suggestion, c’est-à-dire l'idée, d’où qu’elle vienne, s'imposant au cerveau, joue un rôle dans presque tous les crimes ;.. 10° le libre arbitre absolu n'existe pas. La responsabilité morale est le plus souvent impossible à apprécier. »
De cette doctrine de BerNueIM on peut tirer deux conclusions identiques malgré leur opposition, et admettre ou que tous les hommes sont irresponsables ou que tous sont responsables. Voilà donc établi le deuxième principe de la théorie du bloc unique : la sériation continue du plus irresponsable au plus responsable.
3° Cette théorie du bloc unique est enfin couronnée et complétée par la sériation continue, admise par tous les évolu-
1. Bernuemm. L’'hypnolisme el la suggestion dans leurs rapports avec la médecine légale. Rapport au Congrès de Moscou, 1897, p. 401 et 102.
GRASSET. — Demifous. 4
tionnistes modernes, du caillou à l’amibe et de l’amibe à l'homme; comme le déterminisme est certain dans le monde minéral, on le retrouvera, plus ou moins complexe et dissimulé, mais aussi absolu dans son essence, chez l’homme t.
« Une conduite où la moralité n'intervient pas, dit HerBerr SPENCER ?, se transforme par des degrés insensibles et de mille manières en une conduite morale ou immorale. » Que signifient les mots bons, mauvais ? « La conduite est bonne ou mauvaise suivant que les actes spéciaux qui la composent, bien ou mal appropriés à des fins spéciales, peuvent conduire ou
non à la fin sénérale de la conservation de l’individu » et « de tæ)
la vie de l'espèce ».
De même, Le Danrec* étudie la volonté des plastides et remonte ensuite jusqu à l’homme : « le passage graduel et raisonné des protozoaires à l’homme autorise l’extension du principe de l'inertie à tous les corps de la nature. » Tout est déterminé chez l'homme; rien n’est libre : nous n’avons que l’ «illusion de la volonté ».
«Ayons donc, dit Durrar’, la franchise de dire, d'enseigner que la liberté, telle qu'on la conçoit trop souvent, est une illusion due, comme SpxozAa l'avait pressenti, à l’ignorance de la plupart des causes déterminantes de nos décisions. »
Pour ScHopexHAUER®, «les actes humains sont absolument
déterminés... La volonté est un phénomène de même ordre
que les réactions du monde inorganique ».
Pierre Larritre : « le résultat le plus fondamental du déve-
A. Voir les Limites de la biologie, 4 édit., p. 23 et le Psychisme inférieur, p. 438.
2, Herverr Srexcer. Les bases de la morale évolutionniste. Bibliothèque
Scientifique internationale, 6e édit., 1880, p. 4 et 17. Paris, F. Alcan.
3. Le Danrec. Le délerminisme biologique et la personnalité consciente. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1897, p. 19. Paris, F. Alcan.
4. Durrar. La Morale. Fondements psychologiques d'une conduite rationnelle. Bibliothèque internationae de psychologie expérimentale, normale et pathologique, 1901, p. 98.
5. SCHOPENHAUER. Citat. NAVILLE. Le libre arbitre. Etude philosophique, Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1898, p. 216.