LES TARES PSYCHIQUES DANS LA SUPÉRIORITÉ INTELLECTUELLE
Socrate et Pascal.
Auguste Comte et Saint-Simon.
. Les Romanciers russes contemporains : 10 Gogol ; 2° Dostoiewsky; 3° Tolstoï ; 4° Garchine, Pomialovsky, Gorky.
. Supérieurs intellectuels français : 4° Guy de Maupassant; 2 Ville-
main ; 3° J.-J. Rousseau; 4° Gérard de Nerval ; 5° Flaubert ; 6° Baudelaire ; 7° Alfred de Musset; 8° Bernardin de Saint-Pierre ; 9% André Gill, Charles Bataille, Jean Duboys ; 10° Salomon de Caus, Voltaire, Molière, Condillac, Descartes, Montesquieu, Buffon, Santeuil, Crébillon, Ampère, d'Alembert, Lagrange, Chateaubriand, Enfantin, Villiers de l'Isle-Adam, Barbey d'Aurevilly, le Sar Peladan, Cujas, Bossuet, Bourdaloue, Malherbe, Napoléon; 11° Zola, les Goncourt ; 12 Arthur Rimbaud, René Ghil, Mallarmé, Huysmans ; 13° Balzac, Diderot ; 14° Mes de Staël, Récamier, du Deffand, de Chaulnes. de Lamballe, du Châtelet. de Lespinasse ; 15° Victor Hugo, Charles Nodier, Alexandre Dumas fils : 16° de Chirac, Glatigny.
. Supérieurs intellectuels étrangers : 1° Le Tasse; 2 Nietzsche ; 3° Schopenhauer ; 4 Swift; 5° Hoffmann ; 60 Edgar Poe ; 7° Thomas de Quincey : lord Erskine, William Wilberforce, Coleridge ; 8°’ Haller, Jérdme Cardan; % Newton ; 10° Zimmermann, O‘Connell,, Munkaczy, Watt, Manzoni, Olivier Cromwell; 11° Gœæthe, van. Helmont,, Weber, Fechner, Frédéric I, Schiller, Paisiello, Byron, Swedenborg, Darwin, Fries.
Quelques grands musiciens : 1e Schumann ; 2° Donizetti; 3° Chopin ; 40 Wagner; 0 Mozart; 6 Beethoven; 7e Rossini; 8° Berlioz.
. Les épileptiques et les suicides célèbres.
III, — RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS. RAPPORTS DE LA SUPÉRIORITÉ INTELLECTUELLE ET
DE
LA PSYCHONÉVROSE.
ÏJ. — GÉNÉRALITÉS
Je pense avoir démontré dans le chapitre précédent l’existence légale des demifous en neuroclinique et avoir déjà indiqué, par cette description même, que, si les demifous se distinguent des personnes raisonnables en ce qu'ils sont malades, d'autre part ce ne sont pas des malades assimilables aux fous et qu'il faut se garder de l’erreur trop répandue qui eonfond'les fous et les demifous.
Le fou n'est qu’un malade et n’a par suite besoin que du médecin et de l’infirmier. Le demifou au contraire peut avoir et a parfois un rôle social important à remplir; il a une valeur sociale, qu'il faut savoir reconnaître et dont on aurait grand tort de se priver.
Tout ce que j'ai dit dans le précédent chapitre montre bien que chez le demifou tout le psychisme n'est pas atrophié, dégénéré ou malade. I} y à de l'inégalité dans le développement de ses divers centres psychiques; certains sont affaiblis, mais certains autres peuvent être très actifs, jeter même plus d'éclat et rendre plus de services à la société que d’autres cereaux plus pondérés, mieux équilibrés, considérés comme plus normaux.
Au présent chapitre on pourrait donner pour épigraphe eette tirade du demifou conçu par JEAN RICHEPN :
Quelques-uns ont germé, des bons grains que je sème. Ce n’est donc pas en vain qu'ici-bas j'ai passé.
Les rèves dont je meurs, des fleurs en ont poussé. O0 pauvres hommes, dans votre val de miseres,
Ces irréelles fleurs d’en haut sont nécessaires, Autant, et plus encor, certes, à votre bien,
Que la réalité du pain quotidien.
Et vous la méprisez pourtant, cette ambroisie : Beau, vrai, grand, idéal, Justice, poésie !
De ces splendides fleurs, chacun sarecle son champ. C’est pourqüoi, dans ce monde imbécile et méchant,
VALEUR SOCIALE DES DEMIFOUS {3x3
Il est bon que parfois un geste de démence Vienne en renouveler l'immortelle semence.
Vous insultez ce fou. Vous lui crachez au front. Qu'importe ! II a semé. Les fleurs refleuriront.
Si, à certaines époques, dans certains pays, il y a eu des insensés qu'on n'enchainait pas, dont on ne se moquait pas, qu'on entourait même d’une étrange vénération, qu’on regardait comme supérieurs, aimés du ciel, possédés et inspirés par les dieux (comme la Pythie de Delphes), c'étaient des demifous. Demifous également sont les épileptiques dont les anciens appelaient la maladie morbus sacer. Si ERASME avait vécu quatre cents ans plus tard, ce n’est pas l’Éloge de la folie" qu'il eût écrit, mais l'Éloge de la demifolie. C’est de demifolie qu'ANATOLE FRANCE souhaite un petit grain à ceux qu'il aime?. Le fou n’est jamais qu'un malade, nuisible ou au moins inutile à la société, le demifou est souvent un aomme éminemment utile, parfois même un « surhomme * ».
C'est Fidée qu’expriment Teueknov * (« les hommes ordinaires sont les seuls qui jouissent d’une santé normale »), Norpau («le Philistin. est un gaillard tout à fait réussi »).…
La thèse à établir est donc celle-ci : les demifous peuvent être des supérieurs au point de vue intellectuel.
C'est un point de vue différent de celui auquel on se place
4. Erasme fait dire à la Folie, dans son discours sur l'Amour et la Sagesse : « les femmes ne réjouissent les hommes que par la folie... Je pose en fait que tout repas languit s'il n'est animé de la folie. Toutes choses sont d'une telle nature que plus elles renferment de folie, plus elles continuent à faire vivre les hommes. Tout ce qui se fait chez les hommes est plein de folie. »
2. « Nullum magnum ingenium sine mixlura dementiæ fut un adage de la sagesse antique. » (LAUVRIÈRE.)
3. « Dans le royaume des sensations, le superhomme, c'est le névrosé. » ARVÈDE BARINE. Essais de littérature pathologique. L Le vin : Hoffmann: II. L'opium : Thomas de Quincey ; IL L'alcool : Edgar Poe; IV. La folie : Gérard de Nerval. Revue des Deux Mondes, novembre 1895 à novembre 1897.
4. ANTON Tcuekxov. Le moine noir. Redue de Paris, 1897, t, IV, P- 449.
5. Max Norpau. Dégénérescence. Bibliothèque de philosophie contemperaine, trad. AuGuste Dierricx, 1894, 2 vol. Paris, F. Alcan.
134 DEMIFOUS ET DEMIRESPONSABLES quand on étudie les rapports de la supériorité intellectuelle et de la névrose.
Au point de vue du présent chapitre je m’ai pas besoin d'établir que les supérieurs intellectuels sont plus souvent névrosés que les médiocres et j'échappe ainsi à l’objection que m'a faite EauLe Facuer : que la névrose paraît plus fréquente chez les hommes de génie uniquement parce qu’on la remarque plus facilement chez eux.
Ceci m'importe peu ici; il me suffit, pour ma thèse actuelle, de démontrer que beaucoup de supérieurs intellectuels présentent des tares psychiques, qui en font des demifous; d'où découle cette conclusion que les demifous ont souvent une valeur sociale réelle.